… je n’ai pas défilé …

Une bonne partie de ma famille, des amis, beaucoup de gens que j’estime ont manifesté contre le mariage pour tous ; j’ai hésité, je n’y suis pas allé.

Pourquoi ?

Le mariage civil n’est pas l’institution que l’on croit

La société n’est plus fondée sur lui : parmi les couples de jeunes, le PACS est aussi répandu que le mariage et près de 40% des unions se terminent par un divorce.

Le couple marié n’est plus le seul endroit où élever des enfants : ¼ des enfants de moins de 25 ans ne vivent pas dans une famille dont le couple est marié et 30% ne vivent pas chez leurs deux parents (INSEE). Chez les plus jeunes, la proportion est supérieure.

Le mariage s’est effacé à mesure que le divorce était facilité.

Le sens qui lui est donné par la société a changé : c’était l’autorisation donnée à un couple de jeunes de vivre ensemble (et l’obligation de le faire) et la fondation d’une famille. Le premier terme n’est pratiquement plus respecté et l’arrivée des enfants précède souvent le mariage.

Le mariage civil n’est plus que la célébration publique d’un amour. Cela prépare une société différente de celle qui prévalait jusque dans les années cinquante ; on peut le regretter mais la loi qui ouvre le mariage aux homosexuels n’y change rien.

La discrimination des homosexuels n’est pas tolérable

Il ne s’agit pas d’autoriser le mariage civil aux homosexuels, il s’agit d’arrêter de l’interdire. Ce n’est pas exactement la même chose.

Ils étaient des criminels, sont devenus délinquants puis malades et enfin simplement homosexuels ; ils sont hommes ou femmes et, pour les chrétiens, créés à l’image de Dieu.

Cela étant dit, leur espoir d’être reconnus à travers la revendication du mariage est une illusion : si on pouvait obtenir par la loi le respect de la différence, cela se saurait.

Les enfants

Faut-il ouvrir l’adoption aux couples homosexuels ?

Pourquoi les homosexuels seraient-ils moins bons éducateurs ?

Certes, tous les rôles d’éducateurs (père et mère) doivent être tenus, mais ne rêvons pas le monde : les 30% d’enfants qui ne vivent pas chez leurs 2 parents bénéficient de façon très imparfaite de l’éducation de chacun d’entre eux … et ça concerne des millions d’enfants, pas quelques milliers … sans parler des parents qui, en couple hétérosexuel, ne jouent pas leur rôle.

Quant à la connaissance de l’identité du père, le problème se pose à tous les enfants adoptés.

PMA et GPA

Reste la question du « droit à l’enfant » par opposition au « droit de l’enfant ».

Lorsque, par la contraception, la femme est devenue maîtresse (seule ou en couple, selon le choix) de donner la vie quand elle le veut, on a changé de paradigme : l’enfant accède à la vie par une décision et plus par hasard.

De plus, en cas de difficulté, les couples sont aidés par la médecine ; nous sommes depuis longtemps dans le « droit à l’enfant ». Faut-il l’interdire aux homosexuels ? Si oui, pourquoi ?

Pour ce qui est de la GPA, c’est un autre débat (peut-on fait commerce de son corps ?) et il n’est heureusement pas ouvert en France ; ce serait d’ailleurs un paradoxe alors qu’on veut interdire la prostitution.

NB : Mariage et promesse de vie commune

Qu’on me comprenne bien : si le mariage a le plus souvent perdu son sel, cela n’enlève rien à la valeur du choix des couples qui se font – par un mariage, religieux ou civil – une promesse à vie de vivre dans la liberté l’indissolubilité, la fidélité et la fécondité (laquelle ne se résume pas à l’accueil des enfants).

Il est aussi évident que lorsque l’on réussit à jardiner son couple dans la durée, c’est plus riche – matériellement, intellectuellement et spirituellement – et tellement plus simple … mais on sait bien que ce n’est pas toujours possible.

Enfin, pour l’Église Catholique, Jean Paul II a ouvert une porte dans la théologie traditionnelle du mariage en affirmant que l’amour du couple (y compris les gestes sexuels qu’il implique) est prophétique puisqu’il qu’il rend compte, malgré ses limites, de la réalité de l’Amour et donc de Dieu … d’autres portes s’ouvriront …

Conclusion

La société, à force de « softitude » (… merci Ségolène …) a démonétisé le mot mariage depuis longtemps et le couple marié n’est plus la structure de base de la société ; lever l’interdit pour les homosexuels n’y changera rien.

  Je n’ai pas défilé.

Daniel Gendrin