… laïcité …

le texte ci-dessous sera dit en introduction d’un débat qui se tient le 7 février à Saint Priest et dont le thème est la laïcité

on imagine que dans nos banlieues cela peut être chaud et si nous, les responsables des Centres Sociaux de la Ville, avons décidé de le mettre sur la table en un débat public ouvert à tous, c’est parce que beaucoup de sottises sont dites à ce propos y compris dans l’actuelle campagne électorale

nous avons donc voulu remettre les pendules à l’heure

Daniel Gendrin

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lorsqu’en 1905 les députés ont voté une loi pour poser les principes de la laïcité, il s’agissait alors de libérer la société de l’emprise – jugée intolérable par une partie de la population – qu’exerçait sur elle l’Eglise Catholique depuis des siècles

le débat a alors fait rage entre ceux qu’on a appelés les laïques et l’Eglise mais aussi entre les laïques eux-mêmes : fallait-il éradiquer la religion de la sphère publique et, si oui, jusqu’où aller ? ou fallait-il une loi qui respecte la liberté de croire et d’affirmer sa foi ?

allait-on par exemple autoriser les prêtres catholiques – ou les soeurs – à déambuler dans le costume qui alors les distinguait – rappelons que les prêtres étaient en soutane et que les soeurs portaient le voile – ou au contraire, interdisant toute manifestation publique de foi, fallait-il le leur interdire ?

dans leur grande sagesse, les tenants de la deuxième thèse ont imposé leurs vues et on peut donc encore voir autour de l’église St Georges à Lyon des prêtres en soutane

les élus ont choisi la voie défendue par exemple, par Jean Jaurès, et ont voté une loi qui, tout en  séparant l’Etat de toute religion quelqu’elle soit, garantit à chacun la liberté d’expression de sa foi y compris dans l’espace public, sous réserve de respecter la loi républicaine

si les Centres Sociaux de Saint Priest ont choisi de vous parler de laïcité ce soir c’est parce qu’aujourd’hui chacun, par exemple dans le débat politique, la met à sa sauce et qu’on dit beaucoup de sottises

pour nous aider à réfléchir, nous avons demandé à la Compagnie Temps Fort de nous montrer comment peut se poser la question dans la sphère de l’intime, dans le milieu professionnel et sur la place publique ; Philippe va nous expliquer comment

et nous avons demandé à Maître Myriame Matari de nous dire ce que dit la loi et de réagir à vos interrogations

nous n’avons pas la prétention de faire le tour de la question ; au moins aurons-nous contribué au débat, que nous souhaitons pacifique et riche d’enseignements

les Présidente et Présidents des 3 Centres de Saint Priest

… la bascule …

en 2008 déjà, on savait qu’après la crise financière viendrait la crise économique et, probablement, la crise politique … on y est ; elle est mondiale ; il est inutile d’en recenser les signes

que retiendra l’Histoire ?

depuis 1971 – lorsque Nixon mit fin à la convertibilité du dollar en or – et plus encore depuis Reagan et Thatcher nous sommes plongés dans ce qu’il est convenu d’appeler le capitalisme financier

3 résultats de cette nouvelle « religion » : un développement extrêmement rapide des pays dits émergents et l’éradication d’une grande partie de la misère dans le monde mais aussi – dans les pays riches – un transfert de la richesse des pauvres vers les riches et enfin l’affaiblissement des Etats – l’un des mantras du système étant : « l’Etat est le problème, pas la solution »

paradoxalement, la France – qui n’est pourtant pas en reste en matière de mécontentement – est plutôt restée à l’écart du mouvement – ce qui motive François Fillon à « casser la baraque »

survient la crise ; ce sont les Etats – déjà démunis – qui payent

en parallèle, structurellement, la croissance diminue partout à cause du vieillissement des populations et de l’accroissement des inégalités – dont l’effet négatif sur la croissance est maintenant reconnu par le FMI et l’OCDE … on s’en inquiète jusqu’à Davos, c’est dire …

enfin, on abîme la planète ce qui ne peut pas durer toujours

comment s’étonner que les peuples, partout où c’est possible, se révoltent et votent contre l’establishment ?

nous sommes clairement dans un monde qui bascule

basculer, pourquoi pas ?  mais … vers où ?

on peut suivre les britanniques et les américains, vers l’absurde

c’est d’ailleurs assez drôle : ils conservent ce qu’il y a de pire – baisses d’impôts pour les riches et creusement des inégalités – mais prennent en plus le risque du repli sur soi, celui-là même qui conduisit le monde à la ruine dans les années 30 et qui – s’il se généralisait – pourrait à nouveau mener à la guerre … absurde, vous dis-je … et dangereux …

mais la bascule peut aussi se faire de l’autre côté

avec la prise de conscience – tardive – des institutions internationales – qui, enfin, reconnaissent le danger que font courir au monde les politiques inspirées jadis par l’école de Chicago – et avec les travaux entrepris par l’OCDE sous l’égide du G20 – régulation bancaire, lutte contre les paradis fiscaux, recouvrement de l’impôt, etc … – on peut imaginer le retour vers un monde qui tienne compte des intérêts de chacun et de ceux de la planète elle-même

dans cette hypothèse, l’apparition des Trump, May, Orban & C° n’aura été que le chant du cygne du libéralisme effréné qu’on nous impose depuis 40 ans

pour nous, le premier combat à mener est celui de l’Europe  ; c’est le seul havre de raison qui subsiste en ce monde – et encore – ; je reviendrai prochainement sur le projet d’Hubert Védrine dont j’ai déjà parlé deux fois ici et qui vise à la remettre en route

le voeu que je formule pour 2017 est celui-là : que le monde continue, soigneusement, progressivement, à nous faire sortir non pas de la mondialisation mais de ces errements qui nous conduisent au désastre

Daniel Gendrin

PS : quand je pense que l’idole de François Fillon est Margaret Thatcher …

… prendre la parole …

2017 est l’année où nous allons, les uns et les autres, et même ceux qui refuseront de le faire, prendre la parole : cette année , on nous demande de dire qui de Le Pen ou de Mélenchon, de Hamon ou de Valls, de Fillon ou de Macron sera le futur Président de la République

ce n’est pas anodin ; selon le choix que chacun de nous fera et l’agrégation de ces choix, ce sera celui-ci ou celui-là qui sera président

ne vous y trompez pas : les politiques proposées sont différentes : ce que feront nos élus aura une influence sur notre vie quotidienne

un peu plus ou un peu moins de TVA, d’allocations, de croissance ou d’emplois, un départ en retraite un peu plus tôt ou un peu moins tôt ; toutes les décisions qui se prendront, oui, auront sur notre vie quotidienne une influence non négligeable

nous allons donc devoir et pouvoir prendre la parole ; et, pour cela, nous devrons chercher à savoir ce qui est le mieux, pour nous et pour la France ; car qu’on le veuille ou non, qu’on l’aime ou non, la France est le lieu de notre destin commun

devenir citoyen, en 2017, c’est prendre la parole et donc, au moins, voter aux prochaines élections

mais parce que c’est difficile, que beaucoup pensent leur parole inutile car non écoutée et qu’ils ont perdu l’habitude de dire, les adhérents de l’Olivier ont décidé, en fidélité à l’aphorisme qu’ils se sont choisi : « d’Habitants à Citoyens » que le Centre deviendrait un lieu de paroles

pour cela, nous allons organiser des soirées pour être ensemble : « les dialogues sous l’Olivier » ; nous tiendrons 3 ou 4 de ces réunions cette année ; chacun pourra – et devra – y prendre la parole

la première, dont le thème est d’actualité – la laïcité – est organisée avec les 2 autres Centres et la MJC mardi 7 février ; la deuxième aura pour thème : le goût de la France et la troisième sera animée par les adolescents de l’Olivier à partir du travail qu’ils ont réalisé sur les discriminations

si nous voulons la réussite – en qualité mais aussi en puissance, en notoriété, en nombre de présents – de ces dialogues ce n’est pas pour se faire plaisir ; c’est parce qu’il est essentiel que les habitants de nos quartiers – retrouvent le goût de la parole et parce qu’ainsi elle deviendra audible et, partant, écoutée

nous vous attendons tous – et vos voisins – le 7 février à la MJC

enfin, en 2017 vient le temps de la relève ; Marie n’est pas éternelle et moi non plus ; Marie partira sans doute en retraite au cours de l’année 2018 ; il ne serait pas bon que le Président et la Directrice changent en même temps ; je ne demanderai donc pas le renouvellement de mon mandat de Président au Conseil d’Administration qui suivra la prochaine Assemblée Générale ; une autre ou un autre prendra alors la relève

mais je ne laisserai pas tomber l’association et proposerai au CA de me confier – s’il le souhaite – un autre poste au Bureau ; nous nous donnons ainsi toutes les chances de passer la transition sereinement

voici donc mon voeu pour 2017 : que cette année soit pour tous et pour chacun – à Bellevue, à Mozart et dans tout le Centre Ville – le temps de prendre la parole

Daniel Gendrin Président

… histoire d’un silence …

… commentaires à propos du livre d’Isabelle de Gaulmyn …

le livre relate l’histoire de ce prêtre accusé de pédophilie à Lyon et dénonce le silence de l’Eglise

quand l’affaire est sortie, j’ai refusé de « hurler avec les loups », considérant qu’il s’agissait d’un coup médiatique ; par ailleurs, comme on sait que je n’ai pas d’affection particulière pour le cardinal, mon indignation aurait pu paraître insincère

ce n’est que par hasard que, récemment, je suis tombé à la maison sur ce livre ; mon épouse m’y incitant, je m’y suis plongé

je dois dire que je suis resté scotché : j’ai été bouleversé par l’ampleur de l’affaire – entre 60 et 100 enfants agressés par une seule personne – et par le silence assourdissant de mon Eglise ; j’ai aussi découvert l’importance des dégâts que causent ces crimes dans la vie des victimes

l’histoire ? c’est tout simple : un jeune vicaire arrive dans une paroisse en 1970, y monte un groupe « scout » et en exploite sexuellement des jeunes garçons pendant plus de 20 ans ; il est muté en 1991 mais reste en responsabilité dans l’Eglise

la hiérarchie ecclésiale sait depuis 1982, ne fait rien jusqu’en 1991 puis, pour toute sanction, met l’impétrant au vert dans le Roannais ; il faudra des plaintes de victimes pour que la justice soit saisie en 2016 ; le tribunal ecclésiastique ne le sera qu’ensuite

comment expliquer ?

le scoutisme de ce groupe ressemblait à celui des années 50 … celui dans lequel j’ai baigné pendant des années et dans lequel j’ai été – comme l’auteure du livre –  plutôt heureux … j’en ai gardé des traces, même si, resté aux Scouts de France, j’en ai suivi et apprécié les évolutions

la dérive du groupe lyonnais a été permise par la confusion des rôles : dans le scoutisme traditionnel, la maîtrise est assurée par le collège des chefs – de patrouille, de troupe, de groupe – ; l’aumônier, en charge de l’animation spirituelle, n’a pas de rôle d’encadrement

j’ai souvenir – je devais avoir 13 ou 14 ans – d’un conflit qui m’avait opposé à l’aumônier de ma troupe lors d’un camp – nous en étions venus aux mains – parce qu’il avait outrepassé son rôle ; il a pourtant fallu m’en confesser, le camp terminé, tant la personne du prêtre était alors intouchable

ce n’est pas un hasard si le groupe incriminé ici n’était membre d’aucun des mouvements scouts officiels : cette dérive aurait été percée à jour et peut-être les crimes évités

la responsabilité des parents – mettre ses enfant dans un groupe marginal – et celle de la paroisse est évidemment engagée ; mais tout le monde était satisfait : le groupe fonctionnait à merveille et le recrutement tournait à plein : il n’y a pas beaucoup d’exemples de groupes de 400 jeunes

et, au fond, une troupe qui marche au pas, dans les années post-68, lorsque la société s’agite –  y compris l’Eglise, surtout à Lyon – un groupe où l’ordre règne – en surface -, c’est plutôt bien vu … donc l’Eglise fait confiance ; quant aux parents : on ne critique pas l’Eglise ! … tout le monde ferme les yeux et … les oreilles …

résultat : 21 ans de pédocrimes impunis à ce jour, une Eglise déconsidérée et des familles bouleversées leur vie durant par la faute d’une organisation aveugle ou lâche

Daniel Gendrin

… le Grand Remplacement …

vous connaissez l’expression … selon cette théorie, entre l’immigration et le différentiel de taux de natalité entre les femmes d’origine européenne et les musulmanes, dans quelques années la population d’origine chrétienne serait noyée dans celle d’origine musulmane

5 entrées à cet article :

  • la fixation sur l’islam d’un certain nombre de mes amis
  • un article du Guardian (lien)
  • le livre de Houellebecq Soumission
  • l’étude de l’institut Montaigne un islam français est possible (lien)
  • le livre de Dounia Bouzar ils cherchent le paradis, ils ont trouvé l’enfer

j’ai déjà pris position ici – cf … les musulmanes et leur foulard … et … burkini ou pas burkini …  ; je ne retire rien de ce que j’ai écrit mais je vois bien qu’il faut à nouveau prendre la plume tellement chacun – dont des amis personnels – est obsédé par la question musulmane

d’abord constatons que le Front National a gagné – merci Sarkozy & C° – : selon l’article du Guardian, les Français pensent qu’il y a 31 % de musulmans en France alors que le chiffre réel est, selon ce journal, de 7,5 %  – et d’après l’Institut Montaigne, de 5,6 % –

ainsi donc le FN a gagné : le Grand Remplacement, qui n’a aucune réalité, est pourtant dans la tête des Français …

le livre de Houellebecq – outre qu’il est puant – n’a pas d’autre but que de participer à cette campagne conjointe de la « droite forte », de l’extrême droite et d’un certain nombre d’intellectuels, menée depuis des années et dont le résultat – que nous verrons dans les urnes – est spectaculaire

l’étude commise par l’Institut Montaigne – un Think Tank classé à droite – peut aider à se faire une idée de la réalité du monde musulman en France

quelques chiffres et un commentaire :

  • 5,6% des personnes interrogées se déclarent musulmanes

parmi celles-ci :

  • 58 % ont le bac ou plus
  • un tiers pratique au moins une fois par mois
  • 70 % mange de la vande Halal
  • 2/3 des femmes n’ont jamais porté ou ne portent plus le voile
  • paradoxe : 58 % des hommes et 70 % des femmes sont favorables au port du voile
  • enfin, 28 % des musulmans – principalement des jeunes – sont en rejet des valeurs républicaines ; il en est donc de la population musulmane comme du reste de la population française : plus du quart d’entre elle est en révolte contre la société

la peur des Français, qui s’exprime par « on n’est plus chez nous », trouve ses sources dans la croyance au Grand Remplacement et dans la visibilité de l’islam : s’il n’y a qu’un tiers des musulmanes qui portent le voile, ce sont celles que l’on voit

la plupart des femmes qui portent le voile le font pour respecter la coutume ; pour celles qui le font par affirmation identitaire, ce geste exprime une volonté de reconnaissance ; les musulmans veulent – et c’est légitime – que l’islam soit reconnue comme la deuxième religion du pays et que leur droit à manifester leur foi – droit consacré par la Loi de 1905 – soit respecté

le jour où les Français auront résolu leur problème fantasmatique, les musulmanes s’apercevront que c’est bien plus pratique sans le voile et elles feront ce que les Françaises ont fait il y a 50 ans : elles le jetteront aux orties

dernier point : lisez le livre de Dounia Bouzar lIs cherchent le paradis, ils ont trouvé l’enfer ; vous comprendrez la différence entre l’islam et la dérive hérétique des terroristes

Daniel Gendrin