… le nucléaire, encore …

pourquoi en reparler maintenant ?

nous sommes à l’heure du choix : le parc électronucléaire arrive à obsolescence ; il faut en prolonger la durée de vie et/ou le remplacer

dans quelques jours sera publiée la Politique Pluriannuelle de l’Energie, qui définira la politique énergétique de la France pour les années qui viennent : tout le monde s’agite, sur la place publique et surtout en coulisses, car les enjeux sont gigantesques

simplifions : pour remplacer les centrales actuelles, les nucléophiles proposent la construction d’un nouveau parc électronucléaire et les écolos les énergies renouvelables et les économies d’énergie

la Loi prévoit de baisser de 75 % à 50 % le taux d’électricité nucléaire dans 6 ans

le contexte

à la fin des 30 glorieuses, Pompidou a décidé de la construction d’un parc électronucléaire destiné à fournir tout ou presque de l’électricité nécessaire au pays

cet investissement massif a permis l’approvisionnement de la France à un prix de revient relativement bas pendant 40 ans

NB : en 1970, les technologies renouvelables existaient ; personne ne peut dire ce qui se serait passé si nos politiques avaient décidé d’y investir les mêmes sommes plutôt que dans le nucléaire

nos centrales ont été conçues pour vivre 40 ans ; nous sommes au bout du cycle et il faut agir sans trop tarder, même s’il est possible d’en prolonger l’exploitation de 10 à 20 ans

curieusement, nous sommes exactement au même point qu’à l’époque : faut-il construire un parc électronucléaire ou devons-nous faire le choix des renouvelables ?

renouvelable

l’uranium provient – pour ce qui nous concerne – du Niger et du Kazakhstan ; 80 % de notre consommation électrique dépend de pays dont la stabilité politique est incertaine – sauf à s‘assurer de ladite stabilité, ce qui est, en soi, problématique

NB : il n’y a que 4 pays producteurs : outre les 2 précédemment cités, le Canada et l’Australie

par ailleurs, si le coût de l’uranium est marginal dans celui du KWh produit – 5 % de celui-ci –, comment être sûr – malgré tous les contrats – de son évolution dans les 60 à 70 ans qui viennent ?

les données économiques

j’ai publié tout au long de l’année 2014 un dossier – cf. en rubrique Développement durable – dont l’essentiel des données est issu du rapport de la Cour des Comptes de 2011

par ailleurs, en décembre 2017, j’ai déconstruit l’argumentation de Jean-Marc Jancovici comparant les coûts d’investissements d’un parc d’EPR et d’un parc de production d’électricité renouvelable

depuis, ce qui était annoncé se confirme : dans la plupart des cas, le coût du Kwh renouvelable est passé sous celui du Kwh nucléaire

une info intéressante lue dans Le Monde ce mois-ci : aucune banque privée n’accepte plus de financer le parc de centrales nucléaires prévu en Grande Bretagne : aujourd’hui, les financiers ne croient plus le nucléaire rentable

le stockage de l’électricité

l’intermittence est le problème du solaire et de l’éolien terrestre ; là encore, on pourra se reporter à l’article précité contre celui de JM Jancovici et à celui consacré au sujet en mai 2015

notons d’abord que l’éolien en mer devrait atteindre un facteur de charge – rapport de la puissance produite à la puissance installée – de 0,65, proche de celui des centrales nucléaires

peu soumis à intermittence, l’hydroélectricité et, plus généralement, l’hydraulien (l’utilisation sous toutes ses formes des mouvements de l’eau) – la biomasse et l’éolien en mer – qui, ensemble, pourraient représenter 1/3 d’un mix 100 % renouvelable – contribueront au lissage de la production

ajoutons l’effet combiné de l’interconnexion du réseau européen et du stockage privé diffus – automobile et production solaire – tout cela réduira considérablement le besoin de stockage

enfin, rappelons que ce besoin n’apparaîtra qu’au fur et à mesure de l’arrêt du parc nucléaire

et puis on peut espérer qu’il faudra moins de temps et d’argent pour rendre le stockage économiquement possible qu’il en a fallu pour inventer l’EPR …

le danger

tout le monde sait ce qui s’est passé au Japon, en Ukraine ou aux Etats-Unis

pour le moment, il n’y a pas eu d’attaque terroriste contre une centrale … Greenpeace a montré que ce n’était pas impossible

les déchets

la question – c’était la grande promesse des années 70 – n’est résolue que parce qu’on a décidé de les cacher sous le tapis (enfouissement à Bure) et d’en confier la gestion à nos descendants

la durée du deal

ce n’est pas bien compliqué : si on construit des EPR, on en reprend pour, au bas mot, 100 ans … (construction/durée de vie/déconstruction)

qui peut dire ce qu’en penseront nos arrières-arrières-petits-enfants ?

conclusion

il faut sortir du nucléaire

dommage qu’on ne puisse pas faire l’étude de ce que nous aurions pu faire à l’époque de Pompidou

quant aux équipes d’Areva, qu’elles se concentrent sur la démolition des centrales : ce sera un marché – mondial – de 40 ans …

mais s’il faut sortir du nucléaire, comment faire ?

faisons l’hypothèse que la consommation électrique ne va pas croître dans les années qui viennent ; cela suppose que l’efficacité énergétique – et l’effet du réchauffement – compenseront les surplus de consommation dus à la croissance et aux nouveaux usages de l’électricité

NB : les différents scenarii élaborés par RTE prévoient stabilité ou baisse d’ici à 2035

mais il faut raison garder : nous ne pouvons plus nous passer d’électricité ; il faut assurer, tous les jours, suffisamment de production pour garantir la disponibilité

la mise en service commerciale de nos 58 réacteurs s’est étalée sur 24 ans de 1978 à 2002 ; leur durée de vie est de 40 ans ; ils doivent être arrêtés entre 2018 et 2042

les énergies renouvelables produisent aujourd’hui un peu plus de 20 % de notre électricité et la croissance est d’environ 5 % par an (la production hydroélectrique – la moitié du total – est quasi stable)

à ce rythme, le ratio sera de 50 % en 2038 et 100 % en 2052

dans ces conditions, le dernier réacteur devrait fermer en 2052, ce qui suppose de prolonger sa durée de 10 ans

conclusion :

moyennant le maintien de l’effort vers le renouvelable et la prolongation de la durée de vie de certains des réacteurs nucléaires d’une dizaine d’années – et sous réserve de mettre en place les dispositifs de stockage pour pallier aux variations instantanées de production – , on peut imaginer sortir de la production d’électricité nucléaire d’ici à une trentaine d’années

pour aller plus vite il faudrait mettre des moyens qu’on n’a pas et surmonter encore plus de résistances – dont celles de ceux qui refusent des éoliennes au bout de leur jardin … je ne vise personne …

Daniel Gendrin

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