… la question qui fâche : la dette, encore …

que n’entend-on pas sur la dette ! annulation, prolongation ad vitam, que sais-je encore ? chacun y va de sa solution – j’en ai moi-même déjà parlé – ce qui semble indiquer qu’en réalité, personne ne sait quoi faire … mais d’abord, de quoi parle-t-on ?

la France se shoote à la dette depuis Giscard ; de 1974 à 2020, pendant 46 ans, droite et gauche au pouvoir, il n’y a pratiquement pas eu de période où elle n’a pas augmenté

paraphrasons Sully : « chômage et dette sont les 2 mamelles de la France » : la prospérité de la majorité de la population depuis bientôt 1/2 siècle est assurée au prix de l’une et l’autre drogue

la courbe ci-contre, tirée du Monde daté du 24 juin, est, me semble-t-il, claire (les autres informations sont prises à la même source)

comment cela fonctionne ?

pour éclairer le débat sur ce que l’on peut faire, il faut d’abord décrire le mécanisme et ensuite dire qui prête à la France

à voir la courbe, on peut croire que l’État ne rembourse jamais la dette

en réalité, ce n’est pas du tout cela : l’État rembourse tout les ans la partie de la dette arrivée à échéance et emprunte – on dit refinance – tous les ans, de fait, un peu plus ; les sommes en jeu sont considérables puisqu’en 2020 nous devons rembourser 260 milliards (près de 10 % du PIB) et donc emprunter un peu plus – et cette année beaucoup plus puisqu’il faut payer le coronavirus

au passage, ce n’est pas gratuit puisque ce qu’on appelle le service de la dette (les intérêts versés) nous coûte 36 milliards en 2020 (1,5 % du PIB)

ce coût baisse avec les taux d’intérêts, lesquels sont aujourd’hui quasi nuls ; l’endettement dû au coronavirus ne coûtera donc rien en intérêts dans les 10 ans qui viennent mais personne ne peut prévoir si, lorsqu’il faudra le refinancer (on n’aura sans doute rien remboursé d’ici là), les taux seront encore à zéro, à fortiori ce que ce sera dans 20 ou 30 ans

mais qui dit emprunt dit prêt ; or, qui sont les prêteurs ?

institutionnels français (presque la moitié du total) ou « non résidents », ce sont des banques centrales – dont la Banque de France pour 18 % du total –, des banques, des assureurs et des fonds de placement qui gèrent l’épargne – et parfois les retraites – des particuliers, gros et petits, Français ou étrangers

outre le fait que les traités l’interdisent, annuler la dette portée par la Banque de France, c’est accepter de reconnaître notre appauvrissement collectif ; c’est évidemment possible mais je ne comprend pas comment cela libèrerait quelque marge de manœuvre que ce soit

annuler tout ou partie de celle dues aux autres porteurs, Français ou étrangers, est plus tentant : nous serions enrichis du montant correspondant

mais comment réagiraient-ils ? qui refinancerait le reste ou nos sempiternels déficits ?

il faudrait alors – sous contrainte – vivre à l’équilibre puisqu’on ne trouverait plus d’argent sur le marché ; on découvrirait alors ce que c’est que de faire des économies … ce qu’il faudra bien pourtant se résoudre à faire un jour …

pour aujourd’hui, la situation est telle qu’il n’y a d’autre solution que d’accepter un supplément de dette qui vivra des décennies ; c’est ce vers quoi on s’oriente et c’est bien ; mais dire que ce n’est pas au détriment des générations futures, c’est, intentionnellement ou non, dire des calembredaines …

Daniel Gendrin

PS : la dette allemande baisse d’un point et demi par an depuis 2012 ; quand on veut, on peut … mais ce n’est pas la facilité …

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