… la peur …

les résultats du dernier recensement décennal des États-Unis sont éclairants au regard du désarroi dont témoignent beaucoup de Français : la population blanche y a significativement diminué – en valeur absolue et en valeur relative – entre 2010 et 2020, ce qui n’était jamais arrivé depuis la révolution américaine

mon cercle d’amis participe aux préoccupations liées aux questions d’identité et d’accroissement de la population mondiale comme en témoignent quelques réactions récentes à mes articles :

1) « au fond, c’est le FN qui a raison, il y trop d’immigrés »

2) « si l’immigration est visible comme un facteur positif selon le point de vue de croissance de la population … occulter les … questions qu’elle soulève en matière de difficulté d’intégration par exemple ne me parait pas souhaitable … »

3) «  D’autre part, faut il se réjouir de l’accroissement de la population humaine qui épuise déjà les ressources naturelles ? »

4) « le fond de la question écologique, c’est l’accroissement de la population mondiale »

que répondre ?

population

si la crise écologique – réchauffement, biodiversité – et son origine anthropique est devenue une évidence, une autre révolution est en cours depuis quelques dizaines d’années : l’effondrement du taux de fécondité

le tableau ci-contre en donne une image assez nette :

dans la plupart des pays du monde, le nombre des enfants par femme n’assure plus le renouvellement des générations

et dans plusieurs pays – Japon, Europe de l’Est, Italie … – la population décroît

les trois scenarii établis par l’ONU en 2013 pour la population mondiale prévoient respectivement un peu moins de 7, 11 et 16,5 milliards d’humains en 2100

la mise à jour de cette étude l’an prochain reverra sans doute ces chiffres à la baisse : si la population africaine devrait encore presque doubler, celle de tous les autres continents baissera

on dit que la Chine passera de 1,4 milliards d’habitants à … 0,7 !

quelle que soit la fiabilité de ces prévisions, il est probable que si la population mondiale n’a pas encore atteint son pic, elle en est proche, ce qui est, en soi, plutôt heureux … mais que ne voient pas les prophètes de malheur

trop nombreux ou pas, c’est la population mondiale d’aujourd’hui qu’il faut remarier avec la nature

immigration

l’article sus-mentionné sur les États-Unis montre que la population blanche a baissé en volume de 8,6 % en 10 ans et ce n’est pas parce que les Américains Blancs ont émigré

par ailleurs, le tableau ci-contre donne les évolutions respectives des taux de natalité et de mortalité – toutes populations confondues – aux USA de 2010 à 2020

pas besoin d’être grand clerc pour voir que les courbes se croisent en 2021, que le pays comptera plus de décès que de naissances et que, hors migrations, la population des États-Unis diminuera dès cette année …

en Europe, les pays de l’Est, sauf l’ancienne Tchécoslovaquie et la Slovénie, perdent déjà régulièrement des habitants et l’Italie et la Grèce sont dans le même cas

sans les gains d’espérance de vie et l’immigration, la population de l’Union Européenne serait structurellement en baisse depuis plusieurs années … les retraités contribuent peu à la production et les baby boomers vont bientôt laisser la place ; quant à l’immigration, il n’est question que de l’interrompre – et les pays les plus rigoureux sont les plus frappés par la dépopulation … allez comprendre …

compte tenu de la faible croissance de la productivité, réduire la population de l’Europe c’est mettre en panne le deuxième moteur de la croissance

de quoi faire plaisir aux adeptes de la décroissance … mais tout le monde n’a pas les moyens de voir baisser ses revenus

on choisit la fermeture ; ce sera l’appauvrissement

identité

en France, même si le solde solde migratoire est très faible – à peine supérieur à 0,1 % par an – il y a à demeure 7 % d’étrangers et 13 % d’habitants nés à l’étranger – dont 1/3 d’Européens* – et la situation est la même un peu partout dans les pays de l’OCDE

nous vivons dans une société multiculturelle même si cette réalité est insupportable à beaucoup

nous l’expérimentons tous, il est difficile d’accepter la différence ; mais nous savons aussi que la vie est riche de la diversité, que la consanguinité conduit à l’idiotie et qu’une forêt plantée d’une seule essence est une forêt fragile

l’identité française se construit tous les jours … ou alors, quelle est-elle ? celle des Ligues de 1934 ? celle de Pétain, de « la terre qui ne ment pas » ou celle du Front Populaire ? celle de Clovis ou celle de Robespierre ? celle qui envoya des volontaires défendre la République en Espagne ou celle qui enferma les Espagnols réfugiés en 38 ? celle de Malraux ou celle de Céline ? celles des Justes ou celle des antisémites ? …

elle est tout cela ensemble, car nous sommes le fruit de notre Histoire et devons assumer ses ombres autant que nous chérissons ses lumières ; si nous avons inventé « Liberté, Egalité, Fraternité », nous nous sommes enrichis de la Traite …

tous ces gens qui, nés ailleurs, vivent « chez nous » et sont devenus Français, tous ceux-là construisent avec nous, indistinctement, l’Histoire de France, celle qu’apprendront nos arrières-petits-enfants

ce choix se pose de la même façon partout dans le monde – Inde, États-Unis, Europe, Chine, Japon, … – fermer ses frontières et voir sa population vieillir, décroître, s’abêtir … et s’appauvrir …, ou laisser la place à une immigration contrôlée et – quoi qu’il en coûte – faire le choix de la jeunesse, du développement et de l’ouverture aux cultures du monde


il semble que, un peu partout, on fasse le choix de la fermeture et du vieillissement … c’est le choix de la peur, ce n’est pas le bon choix …

Daniel Gendrin

* source OCDE

2 commentaires sur “… la peur …

    1. je ne sais pas si l’immigration est incontrôlée mais je sais qu’accueillir quelqu’un c’est toujours accepter le risque qu’il change quelque chose chez vous ; le terme assimilation me paraît donc inadapté; notre culture n’est pas un bloc monolithique auquel on peut s’assimiler ; l’expérience de l’immigration portugaise ou espagnole montre que ceux qui viennent gardent toujours quelque chose de chez eux (langue religion, style de vie …) et nous en font profiter, ne serait-ce qu’au plan culinaire (qui se rappelle que le couscous est arabe, la pizza italienne, la paella espagnole ?)

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