2022 / le débat – nucléaire – contribution partenaire

on trouvera ci dessous la contribution au débat de Marc Mure ; comme pour toutes les contributions au débat, je me réserve le droit de commenter : ces contributions, pour utiles qu’elles soient, n’emportent pas toutes automatiquement mon adhésion

il s’agit ici d’une réaction au dossier que vient de publier RTE sur l’avenir énergétique de la France à l’horizon 2050 et à l’article que j’ai commis suite à cette publication

  1. Les coûts des diverses options de RTE

Il est vrai que dans la présentation de RTE les coûts des options avec nucléaire sont annoncés inférieurs aux options avec ENR. Dont presque acte… A un détail prêt : ces coûts intègrent les coûts financiers qui, sur longue période, sont assez impactants : en particulier, on trouve, au détour d’une phrase, que les taux d’intérêt pour le financement de centrales nucléaires sont limités à (de mémoire) 6% par an, et qu’au-delà l’état devra jouer son rôle (ce qui, n’en doutons pas signifie que ce sera l’état qui prendra en charge la dizaine de milliards supplémentaires pour des emprunts sur 40 ans ou plus). Donc oui, le modèle RTE annonce un surcout pour l’option tout ENR, mais l’origine est une entourloupette sur le contribuable.. « Quand tu veux faire un constat, tiens le stylo… ; » dis-tu !

  1. EPR ou EPR2 ?

Il est admis par tous que les éventuels réacteurs postérieurs à Flamanville seront des EPR2 : quid ? Comme tu le sais , il s’agit d’EPR dont les éléments de sureté sont réduits par rapport à l’EPR de Flamanville : à titre d’exemple, l’enceinte béton ne sera plus doublée, mais en une version simple voile. Ceci impacte le programme de manière significative : en effet, à chaque fois que les éléments de sureté sont modifiés, on repart pour une phase d’étude de sureté, avec les conséquences fatales sur les délais. Macron a alloué un budget de 1 milliard pour l’étude des EPR2… qui se traduira par, au mieux, la mise en service du premier prototype dans 15 ou 20 ans (on est donc en 2040…). Et personne, à ce moment-là, avec l’expérience du fiasco de l’EPR, ne prendra l’initiative de lancer 6 ou 10 ou plus EPR2 avant que le premier prototype ne se soit montré efficace et sans risque. Après le premier proto, les installations suivantes mettront 10 ans avant d’être opérationnelles. On est donc en 2050. Cette succession d’échecs ne peut être ignorée…. Et nous savons bien que les SMR ne seront pas une solution : d’une part ils ont les mêmes délais d’étude et de validation que l’EPR2, d’autre part il en faudrait environ 150 pour remplacer les puissances actuelles, enfin, comme le dit le syndicat du nucléaire SFEN, les SMR sont destinés au marché export (après un prototype installé en France). Donc là-aussi, quand tu veux faire le constat, tiens le stylo ! On pourra dire que sur ce thème, il y a mensonge par omission…

  1. Quand faut-il s’y mettre ?

Je me suis fait un petit graphique (que chacun peut faire dans sa cuisine). Le voici :

Les hypothèses de ce graphique sont simples :

  • Les réacteurs 900MW sont prolongés de 30 ans (durée de vie d’étude) à 50 ans (c’est ce chiffre qui est aujourd’hui utilisé en interne par EDF)
  • Les réacteurs 1300 MW sont prolongés de 40 ans (durée de vie d’étude) à 60 ans (c’est ce chiffre…)
  • Marche à pleine puissance sur 80% du temps pour chaque réacteur, ce qui est on ne peut plus optimiste : le réel est probablement plus proche de 70%, mais ne change rien au constat

Objectivement, l’EPR ne change pas fondamentalement cette courbe : 1 réacteur sur 56… Son démarrage ne changera rien à cette courbe, tout au plus une remontée de 5 TWh par an… ce qui ne change rien.

On connaît le mur de 2030-2038 : c’est l’arrêt des 900MW. En termes de disponibilité d’énergie électrique, on perdra à ce moment-là près de la moitié de la production d’aujourd’hui. Et on n’aura pas, quoi qu’on fasse, de réacteurs de rechange (voir ci-dessus les échéances 2040 ou 2050).

Les simulations de negawatt (que tu ne cites pas) permettent de constituer les capacités ENR de 200 TWh à échéance de 2040… à condition de s’y mettre de suite !

Quand j’étais étudiant (et plus tard dans ma vie professionnelle d’ingénieur physicien), j’ai souvent entendu « les chiffres sont têtus ». Je crains qu’il ne faille ajouter au titre de ton post « quand tu veux faire le constat, tiens le stylo, mais n’oublie pas que les chiffres sont têtus »

Je n’ai jusque-là, dans ce message, fait montre, me semble-t-il, d’aucun parti pris politique ou simplement partisan. Pas d’impact d’option écolo ou autre. Il peuvent venir en sus quand on parle de solution : on pourrait ajouter les thèmes de sobriété ou efficacité (chers à certains) qui peuvent rendre plus souple l’atteinte des objectifs. Mais c’est là un autre débat : j’ai voulu, dans cette réponse, simplement redresser quelques points essentiellement techniques.

Alors, comme tu le dis, « la bonne nouvelle c’est qu’on va y arriver, à un coût acceptable » : il faudra toutefois :

  • D’une part, arriver à faire taire ces X-Mines qui n’ont pas de hauteur de vue, si ce n’est celle qui prévaut à tout le lobbying qu’ils font au quotidien : s’ils mettaient à la recherche de vraies solutions l’énergie qu’ils mettent à défendre des options inapplicables, la France ferait un gros progrès
  • D’autre part, employer les conclusions de toutes les études et débats antérieurs pour se mettre au travail aujourd’hui (sans attendre demain) : inutile de reprendre les débats citoyens, RTE, PPE ou SNBC qui ont déjà largement fait appel aux avis de tous les experts possibles : leurs conclusions sont têtues…

Pour réaliser (et non programmer) autant de constructions ENR que possible dès maintenant, de tous types (on aura besoin de tout,  comme je viens de le montrer).

La formule que je préfère (et qui n’est pas de moi) est la suivante :

«  La maison brûle et nous contemplons l’extincteur » (proverbe negawatt récent)

Elle dit bien l’urgence, dit bien qu’on sait quoi faire, dit bien aussi qu’on se situe en spectateur et non en acteur. J’attends des prochains candidats aux présidentielles qu’ils se situent en acteur et donnent des signaux à la population sur leur détermination : le meilleur signal, le signal de « rupture » avec le passé est simple : décider de ne pas démarre l’EPR de Flamanville…. On a vu que cette décision n’impacte pas vraiment le futur énergétique nucléaire… Mais avec cette décision, je passe dans le champ politique !

Marc Mure

4 commentaires sur “2022 / le débat – nucléaire – contribution partenaire

  1. Merci pour ces précisions que je garde précieusement.
    Petit complément: Démarrer ou non l’EPR de Flamanville n’a pas qu’une incidence en matière d’énergie mais aussi, a minima de qualité de vivre pour des centaines de milliers d’habitants: son démarrage crée intrinsèquement un risque d’accident nucléaire de plus en France. EDF a enfin admis que le risque zéro n’existait pas.
    J’en vis les conséquences très concrètement. J’habite à Dunkerque, dans le cercle des 20 kilomètres autour de la centrale de Gravelines de 6 réacteurs de 900 MWe mis en service entre 1980 et 1985.
    Ce qui nous contraint à vivre avec des pastilles d’iode dans notre pharmacie et un beau prospectus nous donnant les consignes en cas d’accident à la centrale. Soit la façon de se confiner au mieux!
    Merci le COVID, on a testé des confinements plus ou moins rigoureux. Mais pour nous le confinement nucléaire= interdiction stricte de sortir jusqu’à nouvel ordre, calfeutrer les orifices etc… il faudra que je révise, je ne sais plus s’il faut que je fasse des stocks de bouteilles d’eau!
    Ben moi je n’apprécie guère cette épée de Damoclès et je ne la souhaite à personne…. Et à 70 ans après 15 déménagements, il n’est facile de repartir…

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    1. Petite rectification : La population concernée par le rayon de 20 km autour de l’EPR de Flamanville n’est que d’environ 80 000 habitants (Cherbourg). Je parlais dans mon commentaire d’hier de centaines de milliers parce que dans une première rédaction j’avais fait ce calcul pour Gravelines (agglos de Calais et Dunkerque sont toutes deux incluses dans le rayon de 20 km)
      Réflexion sur le fond: Bien sûr les arguments de Daniel et de Marc Mure sont importants pour un débat de fond sur la politique énergétique et je les utiliserai. Mais l’impact humain est pour moi important. Outre celui que j’ai développé, le flicage des opposants autour du projet de stockage de déchets de Bure est une remise en cause étonnante de la iberté d’opinion.

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      1. Claire,

        tu as raison ; cette bataille-là nous l’avons perdue il y a 45 ans quand les écolos se battaient contre l’implantation des centrales … je dois reconnaître qu’à cette époque-là je n’étais pas assez engagé dans ce combat

        ce qui est extraordinaire, c’est que nous sommes en train de perdre la deuxième manche

        mais là, c’est clairement de notre faute, de la faute de tous ceux qui laissent la propagande anti éolien se dérouler et qui manifestent contre chaque projet éolien ou solaire d’envergure : il faut savoir ce que l’on veut ; il est illusoire d’espérer se passer d’électricité ; si on veut du courant, il faut soit de l’éolien et du solaire soit du nucléaire …

        mais il est probablement trop tard et il y aura sans doute des EPR à Gravelines …

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  2. Marc,

    je te trouve bien optimiste : la commande des 6 EPR est pratiquement passée – ce sera le cadeau de Noël des X-Mines – et Flamanvile tournera en 2023
    je prends les paris

    et nous avons une responsabilité écrasante dans ce fiasco en n’ayant pas défendu – quand on ne les a pas combattus – tous les projets éoliens et solaires qu’on pouvait défendre …

    juste un exemple : la présence de Jadot avec la CGT contre la transformation d’une raffinerie d’essence en raffinerie de biocarburant pour les avions en Normandie … mais les exemples sont légion de « luttes » contre des implantations de centrales éoliennes ou solaires

    à suivre …

    Daniel

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