… 2022 / le débat … une vision, quelle vision ? …

il est probable qu’Emmanuel Macron sera réélu ; on peut même souhaiter qu’il le soit … cela n’empêche pas de réfléchir …

sous la Cinquième il n’est pas possible de faire plus de deux mandats consécutifs ; le deuxième est l’occasion pour le titulaire, qui n’est plus sous pression de réélection, d’entrer dans l’Histoire

encore faut-il qu’il ait une vision …

  • du deuxième septennat de de Gaulle on retiendra la Bombe, Mai 68 et un échec référendaire
  • Mitterrand aura profité du sien pour, avec Kohl, mettre l’Euro sur les rails
  • du quinquennat de Chirac, je crains que l’Histoire ne retienne qu’un échec référendaire

3 défis pourraient être, pour un Président libre de ses mouvements et soucieux de l’intérêt du pays, l’occasion de laisser une empreinte

  • l’adaptation de la démocratie
  • le réchauffement climatique et la chute de la biodiversité
  • la sortie du libéralisme débridé

sur l’adaptation de la démocratie :

l’actuel Président restera-t-il comme le fossoyeur des partis politiques ? ayant fait disparaître le PS, il enfonce LR … il se pourrait bien que dans 5 ans, au moment de son départ, il ne reste, outre des ruines, que les extrêmes …

on peut penser que les partis politiques – et tous les corps intermédiaires – sont inutiles ; pour ma part, je crois très profondément que laisser aux spécialistes – fussent-il brillants – la responsabilité de pousser des idées neuves et de faire émerger les personnalités qui dirigeront la France est une erreur profonde

lorsqu’il n’y aura plus que des individus en face du peuple – ou, dans les entreprises, en face des industriels – les gilets jaunes tiendront le haut du pavé et la réponse sera policière …

les partis sont impopulaires ; les tuer fait gagner les élections mais ne rend pas service à la France ; quant à la nécessité, réelle, d’ouvrir la démocratie à une participation citoyenne active, elle mérite autre chose que le slogan « tous ensemble », allié – c’est un oxymore – à une posture qui reste jupitérienne

sur le réchauffement climatique et la chute de la biodiversité :

contrairement à la plupart de mes amis, je ne crois pas que rien n’a été fait ; on peut même dire que presque tout est enclenché :

  • l’hydrogène contribuera à la réduction des émissions des transports lourds et de l’industrie
  • l’électrification réduit celles des automobiles
  • les grandes villes s’équipent en transports en communs et en autoroutes cyclables
  • MaPrim’Rénov fait disparaître les chaudières à fuel et, peu à peu, les passoires thermiques
  • les méthaniseurs se répandent dans nos campagnes

tout cela, qui est structurant, est lancé et les émissions de CO2 continueront à baisser

mais tout ce qui pourrait toucher au mode de vie est soigneusement gommé par le candidat : rien sur la priorité aux transports en commun ou aux autoroutes cyclables, rien sur le covoiturage ou l’autopartage, réticence sur les ZFE … la sobriété, fût-elle heureuse, ne fait pas partie du logiciel macronien ; quant à sa contribution, majeure, à l’éolienne-bashing, j’ai déjà dit ce que j’en pensais

en panne aussi, pour des raisons électorales, l’évolution du modèle agricole : au premier prétexte, on brandit le drapeau de la FNSEA contre la réforme de la PAC … et vive l’agriculture de croissance !

un exemple ? dans certaines région, l’eau commence à manquer … adapter la production agricole ? que nenni ! on va stocker l’eau en hiver pour pouvoir arroser en été ; que cela ait des conséquences négatives à long terme n’importe pas ; ce qui compte, c’est de siphonner les voix de Pécresse

si le deuxième quinquennat verra bien la baisse des émissions s’accélérer, il ne sera pas celui de l’adaptation de l’agriculture … quant à l’électricité, Macron aura remis la France sur la voie du nucléaire ; l’Histoire jugera …

sur la sortie du libéralisme débridé :

Emmanuel Macron cherche depuis 5 ans à mettre les entreprises françaises dans un environnement fiscal et social équivalent à celui de leurs consœurs des pays voisins

cette politique porte ses fruits en terme d’emploi – donc de pouvoir d’achat et de précarité – de croissance et même de réindustrialisation ; je l’ai abondamment soutenue dans ces pages

pour autant, quid du long terme ?

grâce aux amortisseurs sociaux, la France est l’un des pays où les inégalités de revenus – y compris lorsqu’on parle du revenu disponible* – sont les plus faibles

mais d’une part tout cela est acquis à crédit et sera payé par les générations à venir, d’autre part, les écarts de patrimoine augmentant fortement, l’héritage devient, progressivement, une source nouvelle d’inégalités de revenus

l’Europe a la taille critique, comme les États-Unis, pour y mettre un terme ; cela passe par les politiques, désormais promues par l’ONU ou l’OCDE, de redistribution puisque le principe du capitalisme est celui de l’accumulation du capital

on ne voit pas Macron dans ce combat … au contraire, les signaux qu’il émet, par exemple sur la taxation de l’héritage, vont plutôt dans l’autre sens

son deuxième quinquennat sera – sauf révolution – celui du plein emploi et c’est bien, mais Macron ne sera sans doute pas l’acteur qui posera les bases, en Europe, de la société juste qu’il faut construire pour les décennies à venir

dommage …

Daniel Gendrin

* on obtient le revenu disponible en déduisant du revenu brut les dépenses contraintes

6 commentaires sur “… 2022 / le débat … une vision, quelle vision ? …

  1. Bonsoir Daniel.
    Es-tu sûr qu’en cas de 2ème tour Macron Le Pen, Macron sorte vainqueur ?
    Nous sommes nombreux, électeurs de gauche, à nous dire que voter utile, il y en a ras le bol ! Et comme le vote blanc n’est pas reconnu, pour la 1ère fois de ma vie ou presque, je m’abstiendrai dans ce cas figure.
    Cela me tord les tripes, mais à un moment donné il faut mettre les hommes politiques en face de leurs responsabilités.
    Désolée d’avoir plombé l’ambiance…

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    1. Bonjour Corinne

      et merci de ton commentaire … que je ne partage pas

      les exemples hongrois, turc et polonais montrent bien ce qu’est le fameux « illibéralisme » qui n’est que le faux nez d’une autocratie dont l’aboutissement est Poutine ; les deux premières étapes : réduire le pouvoir des juges (dans notre campagne, ils sont plusieurs, dont le Pen mais pas seulement elle, à vouloir réduire celui du Conseil Constitutionnel, du Conseil d’État ou de la Cour Européenne de Justice) et concentrer la presse dans des mains amies ; c’est exactement ce qui s’est passé en Pologne et en Hongrie et on voit que les peuples s’y laissent prendre puisqu’Orban est réélu avec 53 % des voix … pas grave ? la suite c’est Poutine, la corruption et la guerre

      quant au dévoiement de la presse et de l’information, rappelons-nous Trump ou le Brexit …

      la démocratie n’est pas immortelle

      donc je ne m’abstiendrai pas, quel que soit mon vote de premier tour, au deuxième : entre le Pen et Macron il n’y a pas photo et je ne prendrai certainement pas le risque de laisser le Pen parvenir au pouvoir

      j’ai autrefois voté Chirac sans enthousiasme et je voterai Macron sans regrets : il est démocrate, europhile et, si on peut contester sa vision de l’avenir, mène une politique économique qui a rétabli l’emploi et donc le pouvoir d’achat

      amicalement

      Daniel

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      1. Bonjour Daniel.
        Je sais tout ça… Et je suis d’accord avec toi… Sauf que Macron, si il était resté sur sa posture de 2017, aurait pu avoir mon vote au 2nd tour. Mais l’histoire McKinsey, ses projets concernant l’école (notre dernière fille est professeur des écoles stagiaire 2ème année), la santé. La fonction publique n’est pas sa tasse de thé. Bref, j’en ai marre.
        Je viens de voter au 1er tour.
        On verra bien dans 15 jours.
        Bonne journée !

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  2. merci pour cet article toujours aussi intéressant.
    Je m’interroge juste sur la filière hydrogène dans les transports … et son surcoût énorme si on fait de l’hydrogène vert, ie avec de l’électricité faible émission de CO2 (renouvelable ou nucléaire) , le rendement de l’hydrolyse étant hélas très faible. (Rendement de l’électrolyse environ 70%, rendement des piles à combustible environ 50%… Le rendement global de la chaîne hydrogène est estimée à 25%). Ne pas oublier le souci des métaux rares pour les piles à combustibles aussi.
    Espérons que les progrès technologiques permettront d’améliorer les rendements, mais ça va prendre du temps…plus qu’un quinquennat sans doute

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    1. et j’ajouterai que j’appelle de mes vœux la voiture 2L/100 Km, techniquement possible si on allège les normes, voiture qui restera longtemps indispensable aux transports dans le monde rural, et qui serait bien moins polluante sur son cycle de vie qu’une auto électrique (à batterie). Le retour de la 2CV ?

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    2. Jean-Paul,

      c’est vrai que l’hydrogène est cher et que le rendement n’est pas très bon mais à peine inférieur à celui du moteur thermique si ma mémoire est bonne (principe de Carnot)

      le seul moteur dont le rendement direct est proche 1 est le moteur électrique

      cela dit, il faut raisonner sur l’ensemble du cycle (fabrication et distribution de l’électricité d’une part, recherche, extraction, raffinage transport et distribution du carburant de l’autre …)

      cordialement,

      Daniel

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