NUPES : contribution de Michel Weill

parmi mes amis, tout le monde ne partage pas mon analyse sur la politique dite de l’offre initiée par François Hollande et poursuivie par Emmanuel Macron et, en conséquence, sur la coalition NUPES qui brigue nos voix …

on trouvera ainsi ci-dessous la contribution au débat de Michel Weill, un acteur principal du groupe Convaincre

Que faire de l’accord NUPES ?

Pour pouvoir trouver les bonnes réponses, il faut d’abord poser les bonnes questions.


La première est : pourquoi en sommes-nous arrivés là ?


Les électeurs ne sont pas tous des imbéciles et des souverainistes.

Pourquoi beaucoup d’électeurs traditionnels du PS ou de EELV ont-ils voté Mélenchon pensant voter utile, ce qui est bien sûr le contraire à mes yeux ? Ce n’est pas d’abord parce que Jadot ou Hidalgo ont fait une mauvaise campagne. N’importe qui de leur parti aurait fait un score comparable. Les réponses ne sont en partie pas les mêmes pour chacun d’entre eux.

Pour le PS, il y a bien longtemps, disons 30 ans, que l’électorat populaire nous a quitté. Principalement, et pour faire simple, parce que les discours électoraux et les actes de gouvernement étaient tellement éloignés les uns des autres que la crédibilité n’y était plus.

Oui Michel ROCARD tenait un discours de vérité en matière économique pendant les campagnes, mais qu’ont fait les autres ?

Du coup on a eu Fabius à la place de Mauroy, puis Cresson et Bérégovoy à la place de Rocard avec les pires libéralisations financières qu’on ait connues. Avec Hollande on a atteint les sommets; vous avez tout en tête, je n’y reviens pas.

Ce sont les avancées sociétales qui ont longtemps attirées les couches moyennes +, intellectuelles et aisées qui heureusement occupent un place toujours plus grande dans notre société: abolition de la peine mort, mariage pour tous … Cela ne suffit pas à attirer les couches populaires.

Quant aux verts, ils n’ont jamais attiré les couches populaires, se contentant de mordre sur le PS dans les couches dites bobo.

La pédagogie d’une certaine rigueur, par exemple sur les retraites, demande de la constance et surtout de la cohérence: comment croire à une justice sociale quand en parallèle on fait des cadeaux énormes et sans contrepartie aux entreprise, CICE d’abord, suppression de l’impôt sur la fortune et flat tax ensuite.

C’est d’abord ça qui intéresse les gens, et pas d’abord, fusse à tort, l’Europe et l’Ukraine. Les gens ressentent d’abord l’injustice qu’ils vivent au quotidien.

Et le PPV (Pacte du Pouvoir de Vivre) apporte d’excellentes propositions à cela. Le club Convaincre a adhéré au PPV pour cela. Pour ma part, je m’y retrouve totalement.

Last but not least, les institutions, gouvernance et modes d’élections ont une responsabilité écrasante dans l’absence de compromis comme nous le disions dans notre édito d’après premier tour. Rien ne sera possible sans au moins une bonne dose de proportionnelle, un rééquilibrage des pouvoir entre exécutif et parlement.


Deuxième question : la justice sociale et la transition écologique sont-elles solubles dans le marcronisme?

Si on s’en tient aux actes et non aux discours sur le premier mandat, le diagnostic est clair, tant en ce qui concerne les places au gouvernement que sur les politiques menées, c’est comme dans le pâté d’alouette, un porc plus une alouette, cette dernière étant naturellement la gauche.

Pourquoi cela changerait-il dans le deuxième mandat? Ce que Macron a siphonné, ce sont les voix de de droite. Le total des voix de gauche et écologistes a peu changé. Il doit satisfaire ces électeurs pour ne pas les perdre. En outre ses intérêts et ceux de sa « reconversion » post-2027 sont en jeu. Bien sûr, il y aura du ripolinage en vert-rose, mais il ne faut pas confondre le bois et la peinture.


Troisième question : L’accord NUPES est-il un bon accord ?


Non, cet accord n’est fondamentalement pas un bon accord, même si sur certains points comme l’Europe ou les retraites, il a un tout petit peu fait bouger les lignes.

Il est pour moi totalement incompréhensible que le PS, les verts et le PC n’aient pas, préalablement à des rencontres bilatérales avec LFI, essayé de se mettre d’accord sur une plateforme et des principes de répartition des circonscriptions, comme par exemple laisser les élus se représenter.


Quatrième question : faut-il pour autant le rejeter et partir en ordre dispersé ?


Mille fois non. Pourquoi ? Même si d’autres clivages construisent « l’archipel français», celui capital travail, rente/travail garde toute son importance sociologique et politique. Cette élection, et les gilets jaunes, en sont une preuve supplémentaire. Je ne crois pas une seule seconde au « en même temps » de ce point de vue.

Macron a mangé toute la droite classique ; il y restera, lui et ses successeurs à la tête de « Renaissance ». Pourquoi renaissance d’ailleurs ; intéressant? Constat du naufrage du premier mandat ? Bon, d’accord, ils ne pouvaient pas s’appeler Moyen-âge ou les temps modernes !

Conclusion : si on croit encore à la gauche, et c’est mon cas, il n’y a pas d’autre solution que d’agir au sein de cette nouvelle union de la gauche, sachant que, comme à la belle époque avec le PC, « l’union est un combat ». Il ne faut pas d’abord sous-estimer le désir d’unité; il est considérable et le maigre score du PS et d’EELV incapables de s’entendre en sont la sanction.

Ensuite… il n’y a aucun risque de « Mélenchon premier ministre », ce qui nous donne le temps de l’action, 5 ans. Nous allons assister à un raz de marée macroniste comme en 2017. Et cet accord constitue la condition sine qua non pour mener le débat et arriver à un programme sérieux et plus écologico-social-démocrate.


Cinquième question : comment y arriver ?


La clé de l’avenir réside dans la capacité du PS et des verts à entrainer l’alliance. Le PC peut sans doute, après, s’y agréger. La peur du « grand méchant long » (Mélenchon) peut être bonne conseillère.

Une fusion PS/EELV donnerait un signal fort de renouveau. Plus grand chose ne nous sépare sur le plan programmatique, en tout cas pour ceux qui sont restés au PS ; et cela pourrait faire revenir une partie des troupes parties ou hésitantes. Cela donnerait un signe fort aux insoumis de notre volonté de ne pas passer à la trappe et d’aller vers un rapport de force, et donc un programme, plus équilibrés, sachant qu’en dehors de cette union il n’y a aucune planche de salut pour la gauche.

On peut aussi parier que les «jeunes cadres insoumis » ont une capacité d’émancipation vis-vis de leur mentor, notamment sur l’Europe et la politique extérieure, n’ayant pas le même passé stalino-trotskiste … et compte tenu de l’évolution du contexte international.


Le choix est finalement entre deux paris :

  • Parier que Macron peut faire une politique « de gauche », mais qui sera forcément attrape tout, satisfaisant suffisamment les couches populaires pour les dissuader de voter pour les extrêmes en 2027.
  • Parier que la gauche réformiste sera suffisamment intelligente, et à l’écoute des couches populaires, pour s’entendre et inverser à son profit le rapport de force au sein de la gauche.

Ce deuxième pari est pour moi le seul possible pour trois raisons :

  • Je ne crois pas que LREM ou ses successeurs puissent satisfaire et sa droite et sa gauche. Elle tombera forcément à droite parce qu’elle les satisfait. Elle va forcément devenir « la droite classique modérée », le centre droit se rapprochant de feu la démocratie chrétienne. Elle l’est déjà et elle ne peut que sortir renforcée dans cette ligne.
  • Il n’existe pas d’espace « gagnable », une troisième voie, pour une gauche réformiste entre Macron et la NUPES.
  • Il serait extraordinairement dangereux que notre vie politique se réduise durablement à un parti qui occupe tous l’espace de la droite classique à la gauche modérée, ne laissant d’alternative que les extrêmes. C’est la victoire assurée de Marine Le Pen…ou de Mélenchon tout seul la prochaine fois.

Michel WEILL

11/05/2022

Un commentaire sur “NUPES : contribution de Michel Weill

  1. allons, un PS assez fort pour propulser l’alliance ? alors que le déclin du PS est du en partie à la faiblesse de son appareil depuis des années…et cette alliance n’a pas un programme commun, voir europe et nucléaire…juste un accord pour retrouver quelques sièges;
    et une fusion PS/verts ? je rêve…

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