… nucléaire, parlons sous …

que mes lecteurs me pardonnent cette obsession ; cet article est sans doute le dernier sur le sujet : maintenant que la bataille de l’opinion est perdue, toutes les forces politiques – sauf, peut-être, les Verts – étant convaincues de la pertinence de la solution nucléaire, il ne restera qu’à faire le bilan d’ici à une centaine d’années …

il faut donc conclure et je voudrais le faire sur les finances

d’abord un premier calcul : vous empruntez sur 60 ans à 2,5 % ; vous allez payer à peu près autant en intérêt qu’en capital (exactement 93%)

par ailleurs, on sait que les chiffres d’EDF et ceux de la Cour des Comptes ne coïncident pas lorsqu’il s’agit du coût de l’EPR de Flamanville : on passe de 12 à 19 milliards d’€, excusez du peu ; l’entreprise parle du coût direct, la Cour y inclut les intérêts

c’est la raison de la demande de garantie d’EDF à l’État pour les emprunts nécessaires au programme nucléaire : le taux d’intérêt sera de 2 à 3 points inférieur à celui que l’entreprise trouverait sur le marché – si elle trouvait prêteur, j’y reviendrai

on peut trouver légitime que le contribuable français garantisse les emprunts d’une entreprise nationale pour un projet d’intérêt national mais il faut alors renoncer à comparer les coûts des différentes sources d’énergie puisque l’on fausse celui du nucléaire (les concurrents d’EDF ne bénéficient pas de la garantie de l’État pour leurs emprunts)

pourquoi nationaliser EDF ?

l’idée de Macron était de couper l’entreprise en 2 : ce qui est acceptable pour le marché, c’est à dire la production d’électricité renouvelable, et la distribution d’une part et le nucléaire d’autre part

l’idée a capoté devant la résistance de la CGT mais elle était intéressante tant elle montrait que, dans les sphères du pouvoir, on a compris que le nucléaire est hors marché ; la Grande-Bretagne, le seul grand pays démocratique à avoir encore des projets nucléaires, n’arrive pas à les financer : les banques ne prêtent qu’avec une garantie d’État et c’est contraire à la culture britannique …

d’où la nécessité de nationaliser EDF, pour un coût de 8 milliards

8 milliards de plus dans le nucléaire, qui, puisqu’il s’agit d’investissement en capital, ne viendront pas, comptablement, grever encore plus le coût du MWh nucléaire … mais qui seront pourtant bel et bien dépensés …

en résumé, l’éolien coûte actuellement moins de 40€ du MWh quand le nucléaire coûte plus de 100€* et, pour réaliser le programme nucléaire, nous allons devoir nationaliser EDF …

nous serons les seuls en Europe de l’Ouest à avoir fait ce choix

… le génie français …

Daniel Gendrin

* EDF facturera un peu plus de 100 € le MWh qui sera produit par les EPR d’Hinckley Point

Un commentaire sur “… nucléaire, parlons sous …

  1. Bonjour Daniel

    Tu ne seras pas surpris que je ne sois pas totalement d’accord avec ton billet….

    Je te rejoins aisément dans ton résumé: l’éolien à 40€/MWh, çà existe aujourd’hui: certains ont même accepté des contrats à 30€/MWh… Il y a donc bien différence entre le coût de l’électricité nucléaire et celui des ENR…

    Je ne suis par contre en phase sur les préliminaires ! (çà existe, même en matière d’énergie) Tu sembles prendre pour réalisable les espoirs des uns ou des autres en matière de construction nucléaire. Tu le sais, les meilleurs augures espèrent voir démarrer une éventuel EPR2 vers 2035/2038… ce qui rend l’action sur les ENR indispensable: en effet, on ne pourra pas continuer à ne pas arrêter les réacteurs existants et, en arrêtant ceux actuellement prévus, les éventuels nouveaux arriveront trop tard (s’ils arrivent).

    Sans préjuger de déboires éventuels dans les études de l’EPR2 ou dans sa construction (reproduire les errements de Flamanville reporterait le délai au moins vers 2048….), le timing de construction est en-dehors de ce qui serait utile. Il n’est donc qu’une urgence, que nos gouvernants cachent sous le tapis: construire dès maintenant (et sans risque) une nuée de sources ENR qui, en plus de pouvoir être disponibles rapidement, ne présentent aucun risque technologique ou de production ehontée de CO2…

    L’ennui dans ce schéma, c’est qu’EDF et les gouvernants perdent toutes bonnes raisons de sauver les finances d’EDF. La construction technocratique qui se met en place est totalement inutile: elle ne cachera pas la dette d’EDF, celle connue et celle qui est cachée dans les « matières stockées pour utilisation future », autrement dit, les déchets nucléaires…

    La bonne nouvelle, c’est que la Déclaration d’Utilité Publique du stockage de Bure vient d’être prise: on disposera enfin des moyens de stocker pour 100 000 ans et plus …. la dette d’EDF !

    Alors, oui, d’accord avec ton résumé. J’irai un tout petit peu plus loin: qu’on laisse EDF se mettre sur les études de l’EPR2 (qui vont durer 5 ans): le milliard de dépenses d’études n’est rien, même si on doit jeter les plans à la poubelle parce qu’on ne fait pas d’EPR2, à côté des conséquences du retard pris dans l’installation des nouvelles ENR….

    A 40€/MWh, ce sera toujours mieux que les prix d’importation payés actuellement autour de 400€.MWh…

    Merci pour tes réflexions

    Marc

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