… Foi …

 

encore un texte qui n’est pas de moi

je suis un chrétien assidu mais assez distrait et il n’est pas rare que je n’aie qu’un souvenir très approximatif des homélies (… autrefois on disait sermon… ndlr) une fois la messe finie

je me suis bien retrouvé dans celle-là – qui survient à un moment riche de mon chemin de Foi – et j’en ai demandé la transcription ; je vous la sers tel qu’elle est … même si c’est un peu long …

curieusement, je me retrouve sur les 4 chemins dessinés – même si certains me sont évidemment plus familiers que d’autres

ça intéressera quelques-uns de mes amis, peut-être pas ceux que l’on croirait …

Daniel Gendrin

_____________________________________________________

… Devant les hauts murs du scepticisme, je repère 4 portes d’entrée dans la foi, même si, bien entendu, chacun de nous a son passage secret vers Dieu.

1 – La porte de la raison.

Elle interroge l’intelligence. Pour étayer cet argument, ma foi rejoint celle de Descartes, de Voltaire ou de Pascal en son fameux pari ; [elle] rejoint beaucoup de scientifiques qui sont pratiques et pragmatiques, mais aussi tous les chercheurs émerveillés par le monde.

On a beau admettre le rôle du hasard et de la nécessité, maîtriser en partie les lois de l’évolution, remonter aux implosions initiales et calculer les fins programmées, il reste que la contemplation de l’univers, l’infinie complexité du vivant et l’ignorance de la source première, supposent un « grand architecte ou un grand horloger ».

Même la « théorie du Tout » qui prétend se passer de Dieu, laisse ouverte l’hypothèse que ce « Tout » puisse être Dieu, et n’épuise pas le mot du philosophe Leibniz : «Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?»

Face à ceux qui doutent, je parie, comme Pascal, sur un avenir éternel, davantage que sur un néant définitif. « Puisqu’il faut choisir, pesons le gain et la perte, en prenant choix que Dieu existe. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc, sans hésiter, que Dieu est. »

2 – La porte du mystère.

A l’inverse des précédents, il y a ceux qui disent. « Moi, j’ai la foi du charbonnier », que je traduis ainsi : « Vous nous fatiguez avec toutes vos grandes questions philosophiques et théologiques compliquées : la foi est un mystère qui s’accueille sans preuve. »

Et ils me citent la belle histoire du paysan d’Ars que le saint curé trouvait parfois en train de prier au fond de son église : « Je l’avise et il m’avise » ; « Je regarde le Christ sur la croix, je le devine au tabernacle, et il me regarde ».

C’est la foi secrétée par une évidence intérieure où le mystère ne demande pas d’explication. Elle est posée « une bonne foi pour toutes » dans la gratuité, la cordialité et l’infinie confiance que nous mettons en tous les témoins croyants qui nous ont précédés.

3 – La porte de l’expérience.

Elle s’ouvre lorsque le dépassement de ce qui est contingent et matériel nous fait accéder à l’étonnant espace spirituel qui est en nous. […] rejoint la multitude des croyants et des « mal croyants », qui font le constat de la puissance de la vie et de l’amour au cœur même de leur existence.

Cet amour de la vie et cette foi en l’amour les situent d’emblée dans un univers spirituel qui dépasse de loin la banalité des choses, l’instinct du monde animal et l’ordinaire de « la chair », comme dit Saint Paul. « Je ne comprendrai jamais ceux qui mangent, boivent et dorment, qui gagnent mille écus par an, et qui appellent cela « vivre » ! » disait le dominicain Lacordaire.

L’expérience vécue de tout ce qui se renouvelle après tant d’échecs, de ruptures, de dépressions, de mensonges ou d’erreurs, nous fait aimer la Vie. La contemplation des renouveaux, des gestations, des naissances, des libérations, des créations, des communions, des espérances et des courages, de tout ce qui se guérit, s’ouvre et s’invente, nous parle de résurrection.

Si nous pouvons ici-bas entrevoir les signes nombreux de transfigurations multiples, la résurrection devient alors une logique décisive, qui s’inscrit après la plus radicale des ruptures, celle de la mort. La vie spirituelle foisonnante qui nous forme et nous transforme peut-elle mourir ? Je crois que « non », et je soupçonne ceux qui répondent « oui » d’être de « mauvaise foi » !

4 – La porte de la rencontre :

c’est « la Rencontre » avec cet homme étonnant, Jésus, qui nous parle de vie et d’amour et qui nous propose un chemin de relations intelligentes, de beauté, de bonté, de justice et de paix.

Comparé à de multiples traditions, que par ailleurs je respecte et dont je pense que beaucoup sont proches du christianisme, il me parait que le chemin de Jésus assure les fondements les plus humains qui soient, dans l’ordre du respect et de la liberté.

Or ce Jésus, qui me parle bien de l’Homme, me parle « aussi » de Dieu, Père de tendresse qui m’espère et qui m’attend. Si je suis capable de suivre Jésus en bon humaniste, pourquoi refuserais-je de le suivre « aussi » quand il me désigne la source de ce bonheur qu’est Dieu, et dont il me promet la vision dans une vie éternelle ? La foi est alors adhésion sereine et confiante à la Parole du Christ-Jésus .

C’est l’histoire de cet homme de 40 ans, en forte dépression à la suite de lourdes
tâches et de nombreuses contrariétés. Obligé au repos et aux antidépresseurs, il ne fait plus grand-chose, jusqu’au jour où, allongé sur le lit, lui revient à l’esprit et avec force le mot de Jésus : « Lève toi et marche ! » Il s’est levé d’un bond, a supprimé toutes les drogues et n’a jamais plus souffert de dépression. Non pas : « Je te sauve », mais « Ta foi t’a sauvé ! »

Jésus est « La Porte ». Son Esprit en nous est force inouïe de vie et d’amour. Laissons le donc accompagner tous les passages que nous avons à faire en ce monde, jusqu’en l’autre. C’est l’Esprit de Pentecôte qui prolonge et affermit le don de Pâques.

P. Michel Clemencin. Avril 2015

lettre d’un catholique à François, Pape,

le texte ci dessous n’est pas de moi ; il est plus long que prévu par les règles de ce   blog ; comme d’habitude, je ne l’ai pas retouché

le sujet est important pour pour tous les catholiques, particulièrement pour ceux qui, parce qu’ils sont divorcés et remariés, sont mis à l’écart dans ce qui est pourtant aussi leur Église

celle-ci réunit bientôt ses évêques sur le sujet ; cette lettre contribue utilement au débat

Daniel Gendrin

——————————————————

Très Saint Père, Très cher François, Monseigneur.

C’est un Chrétien divorcé-remarié et en souffrance qui vous écrit.

Divorcé, remarié depuis 10 ans, je participe à plusieurs mouvements et actions dans notre Église ; en particulier dans l’accueil des  Chrétiens divorcés.

Mais souvent nous ne sommes pas bien accueillis par certains acteurs de la vie d’Église, nous Chrétiens divorcés. Souvent, des mots, dits avec la meilleure volonté du monde, nous occasionnent de grandes souffrances ; je donne deux exemples qui me touchent particulièrement.

–  La brochure distribuée par la Pastorale de mon évêché aux divorcés non remariés : « Comme tous les baptisés, vous avez à témoigner de la foi qui vous anime et à la nourrir par la prière et les sacrements : réconciliation, eucharistie, mais aussi confirmation et sacrement des malades« .

–  Une très belle lettre de mon précédent évêque, Mgr Daucourt sur l’eucharistie :  » … Peut-on se dire chrétien et choisir dans la Parole de Dieu seulement ce qui nous convient en faisant fi des paroles de Jésus comme celles-ci : « Prenez et mangez, ceci est mon corps … Faites ceci en mémoire de moi » ou « Celui qui me  mange vivra par moi » … En conséquence, je ne vois pas comment, nous pourrions dire ou laisser dire, sans réagir, qu’on peut être chrétien sans participer à l’Eucharistie.  »

Ces évêques nous disent ici que nous ne pouvons pas nous dire Chrétiens, nous rappellent que nous ne pouvons pas accéder aux sacrements… et en même temps, que nous faisons partie intégrante de l’Église. Cette contradiction met tous les catholiques en porte à faux.

Parfois, je me demande « qu’est-ce que cette Église qui me refuse la nourriture, la force que Jésus est venu nous donner (Prenez et mangez en TOUS), cette Église qui refuse de me pardonner alors que Dieu pardonne (Dis une seule parole et je serais guéri) ?

Et je me demande alors ce que je fais dans cette Église qui « oublie » les Évangiles et la Miséricorde !

Notre souffrance est grande. Paradoxalement, elle augmente avec Votre arrivée. Car vos paroles magnifiques sur la miséricorde ou le soin des blessés dans les hôpitaux de campagne sont porteuses d’une immense Espérance. Mais elles « remuent le couteau dans la plaie ».

Oui, Vous parlez d’Hôpital de campagne ! Les divorcés remariés sont des blessés de la vie, profondément. Ils ont généralement vécu de grandes souffrances dans leur divorce, certains se sont fait renvoyer très brutalement. Et lorsqu’ils retrouvent une vie d’amour (qui permet aussi une meilleure vie pour leurs enfants) ils sont largement rejetés par leur Église, au moins dans les actes car le discours est souvent ouvert.

Vous avez suscité un tel espoir qu’il me semble important que vous agissiez dès maintenant.

La position actuelle du Magistère de notre Église (qui scandalise une majorité de fidèles) est à la fois basée sur des textes et étayée. Elle est aussi discutable et discutée par des centaines de théologiens, de prêtres et d’évêques et peut donc être modifiée facilement.
Pour prendre un seul exemple : l’argument le plus employé, le lien entre Mc 10-9 …  » Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas !  » et l’interdiction des sacrements (pour les remariés seulement) me semble pour le moins très indirect

Je propose de réfléchir à la pensée du théologien André Naud : « Une condition s’impose pour sortir de l’impasse. Elle consiste à consentir à voir l’enseignement de Jésus sur l’indissolubilité du mariage comme le rappel d’un important devoir moral non pas comme s’il s’agissait d’une loi juridique absolue.

Les divorcés voient trop souvent le Magistère de notre Église comme les scribes et les docteurs de la loi, et pas assez comme les pasteurs chargés de nous guider (Mt 23-23 « Vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité »… ).

Vous parlez de Miséricorde, et notre cœur bondit de joie.

Vous parlez merveilleusement d’hôpitaux de campagne, de soigner les blessés, alors pourquoi attendre encore ?

Avec tout le respect que j’ai pour vous, je vous demande avec insistance de faire évoluer la pratique actuelle vers une possibilité pour nous de recevoir les sacrements.

Il y a sûrement plusieurs chemins, mais vous pouvez mettre en place une pratique provisoire.

Par exemple proposer que  les divorcés qui ont fait un réel chemin de pénitence, de pardon et de réconciliation en parlent avec un prêtre avec qui ils sont en confiance.

Et ce prêtre aura Votre autorisation pour décider qu’il peut leur donner l’absolution et l’autoriser à recevoir le corps du Christ, à vivre pleinement comme des Baptisés .

Les prochains synodes pourraient ensuite préciser cette nouvelle voie.

Je suis convaincu qu’après avoir réfléchi et prié, vous trouverez un chemin pour que nous puissions à nouveau accéder à la vie de notre Église.

Sinon nous restons dans cette situation où les personnes qui vivent un divorce n’ont que deux possibilités : rester seules le reste de leur vie ou bien aimer en étant privés des sacrements et donc privés d’une vie de Chrétien « normale ».

Vous seul pouvez en décider.

Je vous remercie infiniment de votre présence et de vos actions pour notre Église

Bernard BRULEY

…. tu seras là …

toi mon ami, mon frère,

ma femme, mon amante,

toi dont j’ai follement partagé le bonheur,

qui es là, dans la boîte, au chœur de cette église,

tu seras là ce soir …

tu seras là ce soir et demain et longtemps

tu seras là, pour moi, là, dans mon souvenir

et dans le souvenir de ceux qui t’ont aimé

et dans le souvenir de ceux qui t’ont connu

ton souvenir en nous, s’estompant peu à peu

fait que tu seras là, longtemps

tu seras là aussi, ce soir et demain et toujours

tu seras là, oui dans tes conséquences

pas seulement tes enfants ou bien tes créations

mais tu as laissé trace dans ceux qui t’ont connu

le monde est bien plus riche de ce que tu nous laisses,

le monde est différent parce que tu as été

tu seras dans ta trace toujours, jusqu’à la fin du monde

toi mon frère, ma femme, mon ami,

toi dont on pleure aujourd’hui le départ pour ailleurs

ce soir tu seras là,

là, dans mon souvenir et ton empreinte au monde

mais accessible aussi,

comme tous les autres,

vivants et morts,

comme Dieu,

dans la paix de ma prière

tu seras là …

Daniel Gendrin

… résurrection …

j’ai, un jour, dit une prière

sur le cercueil d’un de mes amis proches

elle disait, s’adressant à Jésus :

«  … de Ta résurrection nous ne savons qu’un fait :

Tes amis s’enfuyant, loin du lieu du supplice

et puis qui s’en reviennent quelques jours ensuivant

annoncer qu’ils T’ont vu …

c’est bien peu, c’est beaucoup

le socle de la Foi »

une amie dit alors que, pour croire,

elle attendrait un signe

il n’y a pas de signe, hors de ce témoignage

venu du fond des temps, incertain, mystérieux

de ces femmes, de ces hommes, affirmant qu’ils L’ont vu

avec leurs pauvres mots pour dire l’incroyable

en guise de caution, n’apportant que … leur vie

il n’y a d’autre signe que ce témoignage

mais aussi cette paix que l’on trouve en son soi

au creux de la prière

quand on vient l’y chercher

Daniel Gendrin

… fin du Monde …

que devient le monde après … ? quel est le destin de  l’humanité ?

j’ai déjà dit ici ce que je pensais de ceux qui lisent les textes fondateurs à la lettre : intégristes, qu’ils soient musulmans, juifs, chrétiens ou autres, ils sont tous à mettre dans le même sac … malheureusement, en général, ce sont eux qui dressent les bûchers

ainsi de ceux qui imaginent le Christ – ou Dieu, je ne sais plus – descendant le dernier jour d’on ne sait où assis sur un trône entouré de toutes sortes de créatures célestes et au son du  clairon …

n’empêche, la Terre n’est pas éternelle et l’humanité encore moins ; la question reste …

au détour d’une réflexion sur la résurrection, engagée de longtemps et réactivée par le décès récent d’un vieil ami, je suis tombé sur le texte d’une conférence donnée par Teilhard de Chardin en mars 1945 à Pékin, texte publié en 2002 par la revue Études

il y livre sa pensée – à partir des données scientifiques connues à l’époque – sur la genèse et l’évolution de l’univers et sa réflexion sur l’aboutissement de cette aventure

son raisonnement est basé sur le constat de la complexification constante de l’univers : depuis le « chaos primordial » (le Big-bang n’est alors pas connu), l’univers évolue du moins complexe vers le plus complexe, continûment ; Teilhard explique, entre autres choses, que l’homme, être le plus complexe existant actuellement sur Terre, y tient de ce fait une place centrale mais il en déduit aussitôt que l’évolution se poursuit et que la forme humaine actuelle n’est qu’une étape dans ce mouvement de complexification

ainsi l’auteur ne se contente pas d’inventer le passé ; il imagine la suite et livre sa réflexion sur la fin du voyage ; sans déflorer le sujet – je vous laisse le plaisir de découvrir le raisonnement dans son entier – disons qu’il prévoit la poursuite du mouvement vers la « planétisation » de l’humanité puis sa spiritualisation et sa fusion finale dans ce qu’il appelle le « point oméga »

c’est facile à lire, beaucoup plus passionnant qu’il n’y paraît, traité d’un point de vue scientifique et absolument areligieux (rappelons que Teilhard était jésuite et scientifique)

… je ne sais pas s’il est théologiquement orthodoxe mais ce texte m’a beaucoup éclairé …

Daniel Gendrin

PS : pour + d’infos : http://www.associationlyonnaise-teilhard.com/Catherine-Godinot-Vie-et-Planetes-Que-se-passe-t-il-en-ce-moment-sur-terre_a425.html

… note de lecture : Jésus, approche historique …

Jésus, approche historique  est un livre de José Antonio Pagola, prêtre et théologien espagnol

tous ceux qui se demandent qui a été Jésus en tireront profit, pour une prise de contact, un approfondissement, une (re)découverte ou la satisfaction d’une curiosité ; il est bien écrit et se lit facilement

ce n’est pas un livre de Théologie ; son objet est de recenser ce que l’exégèse et la science nous disent de la vie de celui qui a vécu en Galilée il y a 2 000 ans et du contexte qui l’entourait

les sources sont les textes fondateurs retenus par l’Église mais aussi les résultats des recherches archéologiques et les textes d’époque, romains, juifs et chrétiens,

l’histoire est connue :

le pays est pauvre, écrasé d’impôts par l’occupant romain et par les projets pharaoniques des rois juifs

l’enfant grandit dans sa famille à Nazareth, le jeune adulte cherche dans la prière, au désert, Celui qu’il appellera plus tard son Père ; il vit une expérience spirituelle et découvre sa vocation au moment de son baptême par Jean

Jésus, signe de contradiction, prend ses distances avec les traditions de son peuple : il laisse sa famille, vit sans femme, ne fonde pas sa prédication sur la Thora, « mange et boit » avec les exclus et les collabos, ne respecte pas le sabbat, ne craint pas de rencontrer les femmes, met les enfants au centre du jeu

il annonce l’avènement d’un Royaume où sont prioritaires ceux qui sont dans la peine, guérit les malades et pardonne les péchés …

il parcourt la Galilée avec un groupe d’hommes et de femmes et y rassemble des foules ; mais il rassemble trop de foules et sème le trouble à Jérusalem ; les romains ne s’embarrasseront pas d’un semeur de désordre, qui, en plus, touche aux intérêts du Temple ; ils le condamnent et le crucifient

cela pourrait s’arrêter là : ses amis, désespérés s’enfuient en Galilée … mais les voilà qui reviennent et l’annoncent ressuscité ! … on sait ce qui en résulte …

l’histoire est connue mais la richesse du livre est ailleurs :

il rend Jésus vivant dans son cadre, avec la petite équipe de ses amis, annonçant le Royaume au peuple des exclus, subissant la colère de ses contradicteurs et le supplice des romains …

il nous dit l’état de l’analyse des textes : qu’a vraiment dit ou fait Jésus ? quelles paroles et quelles histoires sont certainement de lui ? qu’a-t-on ajouté dans les premières dizaines d’années après les faits ? quels textes relèvent de l’histoire et quels autres de la réflexion théologique ?

ce livre est un grand bol d’air frais parmi la multitude de ce qui a été écrit sur le sujet ces dernières années …

Daniel Gendrin

 

… et voilà qu’ils découvrent la question du genre …

il paraît que nous voulons transformer les filles en garçons et réciproquement … allons bon !

… ma grand-mère épluchait les fruits qu’elle servait à mon grand-père, ma mère tenait la maison, je fais la vaisselle, mes fils font la cuisine …

… lorsque ma mère entrait à l’Agro, cela faisait les premières pages des journaux ; il y a, parmi mes nombreux neveux et nièces, plus de doctoresses que de docteurs …

le monde évolue et la femme change de modèle … et l’homme aussi, par conséquent ; bien ou mal, c’est un fait

en même temps, une fille, dans le cas général, découvre en grandissant que non seulement elle sera moins payée que son compagnon ou aura moins de chances de faire une grande carrière mais qu’en plus elle aura l’essentiel de la charge des enfants ou de la maison … lorsque Simone de Beauvoir invente qu’ «on ne naît pas femme, on le devient», c’est seulement de cet apprentissage qu’il s’agit et pas de je ne sais quel fantasme sexuel … ou homosexuel …

l’école, depuis toujours, a la mission de promouvoir les valeurs républicaines : Liberté, Egalité, Fraternité et on voudrait lui interdire de délivrer un message d’égalité ?

les nostalgiques d’un monde révolu se réveillent et s’insurgent, quoi de plus naturel ? l’homme et la femme changent, sans eux, malgré eux, contre eux

… intéressante, d’ailleurs, cette sainte alliance des intégristes de tous poils, de Civitas aux islamistes radicaux, apparue lors du récent boycott des écoles – avec, en back office, un Front National qui tire les ficelles et se lisse les moustaches ; intéressante, mais normale : les mêmes ressorts les animent, la même lecture sans intelligence des textes fondateurs, la même peur de l’autre … à suivre …

Daniel Gendrin

Intégrismes

Une amie de St Priest nous racontait récemment qu’il y a des années, alors qu’elle vivait en Algérie,  ses voisines, musulmanes, avec lesquelles d’ailleurs elle avait les meilleurs rapports du monde, étaient tristes de savoir qu’elles ne la retrouveraient pas au paradis puisqu’elle n’était pas musulmane. Cela nous avait fait sourire … fallait-il que la religion musulmane soit archaïque pour dire un Dieu limitant le salut à ses seuls fidèles !

Patatras ! Je viens de découvrir au cours d’une conférence – donnée par une responsable de la formation à l’évêché de Lyon – que dans l’Église Catholique, la mienne, le discours est le même : seuls ceux qui auront accepté le Christ comme sauveur seront admis à la droite du Père (à l’exception – peut-être – de ceux qui n’ont jamais entendu parler de Lui, mais ils ne sont pas très nombreux).

« Hors de l’Église, point de salut ! » C’est ce qu’on nous disait, autrefois, dans les années 50 … et nous qui pensions cela dans la naphtaline après le Concile et la réunion d’Assise …

Pauvre Jésus ! Il a passé son temps – et donné sa vie – pour nous apprendre « aimez-vous les uns les autres … », voilà qu’on le transforme en sergent recruteur de l’Église …

Enfin, heureusement, c’est Lui qui aura le dernier mot

Daniel Gendrin

… coïncidences …

 une émission sur LCP, des documents circulant sur le net, une décision américaine, une prise de position de François Fillon et la lecture d’un livre sur la Bible … faites cuire à feu vif et vous obtenez un couscous pimenté … intégrismes de tous les pays unissez-vous !

 l’émission porte sur les religions du Livre ; elle explique que les juifs religieux et les évangélistes américains croient que les temps messianiques ne viendront que lorsque le Temple de Jérusalem sera reconstruit, et reconstruit … sur l’Esplanade des Mosquées …

 les documents sont attribués à Gilbert Collard et à Charles de Foucault … le premier explique la vocation des musulmans à assassiner les infidèles et le second l’impossiblité de leur intégration à la civilisation moderne par leur attente du retour du Mehdi

 la décision américaine est de régulariser 11 millions d’immigrants illégaux

 François Fillon a déclaré que les valeurs de l’UMP et du Front National n’avaient rien en commun

 le livre est la Bible dévoilée ; au regard des découvertes de l’archéologie, il explique l’histoire du peuple hébreux des débuts comme une saga écrite dans une perspective théologique et politique au VII° siècle avant notre ère. Il avance, par exemple, que le Temple de Salomon n’a pas existé …

quelques pistes de réflexions :

  •  l’intégrisme n’est pas propre à l’islam : la Parousie chrétienne s’écrit avec la même encre que le retour du Mehdi … l’intégrisme des chrétiens évangélistes ou des juifs orthodoxes a autant de conséquences sur la guerre et la paix que celui des islamistes
  • il est inculture et négationnisme : Salomon n’a pas construit le Temple ? la science se trompe !

  • la désinformation nourrit la peur de l’autre : rien de plus étonnant que des personnes de milieu protégé, sans contacts avec l’immigration et qui vivent dans la peur

 a contrario :

  •  la société américaine est dynamique aussi grâce au renouvellement continu de sa population par l’immigration – cela mériterait d’autres développements – mais imaginez Manuel Valls proposant la régularisation en France de 2 millions de clandestins !
  •  il y a à droite des gens intelligents : si Fillon prend cette position (à rapprocher de sa discrétion sur le « mariage pour tous »), c’est certes par conviction mais aussi par calcul politique : les prochaines présidentielles se gagneront au centre, comme les dernières et comme aux Etats Unis (les républicains sont battus parce qu’ils flirtent avec les intégristes)

la religion n’est pas l’opium du peuple ; l’intégrisme si et tous les intégrismes se valent

Daniel Gendrin

Lettre ouverte au Cardinal Barbarin, Evêque de Lyon

Monseigneur,

vous êtes un Prince de l’Eglise et mon Evêque. C’est à ce double titre que je vous écris. L’Eglise ouvre une page nouvelle ; vous en êtes l’un des acteurs essentiels ; peut-être cette modeste contribution à la réflexion écclésiale ne sera-t-elle pas inutile.

Je termine la lecture de Peut-on encore sauver l’Eglise ?, de Hans Kung.

La forme n’en est pas l’aspect le plus intéressant : qu’un théologien de renom mis sous le boisseau laisse voir dans le style, bien qu’il s’en défende, une certaine amertune, ne peut étonner : pour être théologien on n’en est pas moins homme.

Le fond est plus important.

L’auteur ne mentionne pas, et pour cause (le livre est daté de septembre 2012), le geste prophétique de la renonciation de Benoît XVI ou l’élection de François ; en conséquence, il lui manque une pièce à l’appréciation de l’ancien pontificat et l’espérance qu’ouvre le nouveau.

Mais sa description de l’Eglise, mon Eglise, notre Eglise, celle de Jésus-Christ, est impressionnante.

Pour résumer, selon sa thèse, l’Eglise n’a, depuis la fin du premier millénaire et du fait de son organisation centralisée, cessé de perdre de la substance, d’abord en rompant avec les Eglises d’Orient et de la Réforme puis avec le monde de la pensée et de la science au XIXe siècle.

Le concile avait amorcé un « printemps de l’Eglise » ; il avait rappelé, en particulier, que le pouvoir y est collégialement confié aux évèques. Hans Kung constate que les pontificats de Jean Paul II et de Benoît XVI ont été des pontificats de recentralisation et de fermeture des chantiers alors ouverts (œcuménisme, place des femmes, relation au monde, …).

 Il propose que l’Eglise constate l’échec de ces plus de 30 ans de restauration et revienne à l’esprit des Pères Conciliaires, par la mise en œuvre des réformes alors envisagées.

 Dans l’espérance qu’ouvre le temps nouveau de notre Eglise avec l’élection de François, je suggère que ce livre contribue à la réflexion de l’Eglise.

 Je vous prie d’agréer, Monsieur le Cardinal, l’expression de mes fraternelles et très respectueuses salutations.

 Daniel Gendrin

Chrétien de la paroisse de St Priest