… toujours plus, et pourtant …

Toujours plus ! est le titre d’un livre publié par François de Closets en 1982 dans lequel, selon Wikipedia, « il dénonce les injustices et le système des privilèges en France, ainsi que le corporatisme ; sa thèse est que … les corporations qui ont la plus forte capacité de nuisance … s’assurent l’essentiel des avantages »

ce n’est pas le lieu de faire le panégyrique ou la critique d’un bouquin qui date – à tous points de vue – ; je voudrais, utilisant son titre, souligner un étonnant paradoxe français Lire la suite « … toujours plus, et pourtant … »

… et revoilà Guignol …

Montebourg – vous aviez compris qu’il s’agissait de lui – fait donc son grand retour

superbe, parlant bien et portant beau … il avait, en plus, convoqué le soleil … tout pour plaire …

son programme ? (source : Le Monde du 23 août)

le « redécollage économique » par, entre autres, une variante de la préférence nationale – décidément le FN fait florès – avec la réservation au profit des PME hexagonales de 80% des marchés publics et l’annulation des hausses d’impôts depuis 2011

« l’obtention des Français d’un mandat non négociable de dépassement des traités » pour redéfinir  sur l’essentiel le projet européen » et l’imposition à l’Union de l’abandon par la France de la règle des 3% de déficit public

je n’insiste pas sur les idées en matière de réforme des institutions – ce n’est pas à mon sens la priorité du moment – même s’il y a là des choses que l’on pourrait discuter : retour au septennat – non renouvelable – disparition du Sénat au profit d’une assemblée de citoyens tirés au sort, réduction du nombre de députés, scrutin partiellement proportionnel …

quand à changer la haute administration à chaque alternance politique, comme nous sommes assez fous pour qu’il y ait alternance à chaque élection, cela me paraît une fort mauvaise idée …

enfin, le rétablissement du service militaire – fût-il de 6 mois – peinera, j’imagine, à retenir les suffrages des jeunes …

mais revenons sur l’économie, qui se résume à la promesse d’un coup de menton vis à vis de Bruxelles : on nous a déjà fait le coup en 2012 … et ça a fait pschitt …

d’ailleurs pour moi, Montebourg, c’est le guignol qui a dit un jour à un grand patron Indien qui venait d’investir en France quelques 3 ou 4 milliards d’€ qu’on n’avait pas besoin de lui …

… pas sérieux s’abstenir …

Daniel Gendrin

… une époque formidable …

Gérard Jugnot me pardonnera d’utiliser le titre de son film …

formidable dans le Robert : redoutable … extraordinaire … étonnant … fantastique …

aucun de ces qualificatifs n’est étranger à notre environnement

redoutable

la haine et le repli sur soi – fruits de tous les intégrismes – gagnent tous les pays, y compris le nôtre
la France peut demain basculer dans l’aventure, comme l’Europe se disloquer
la guerre menace en mer de Chine ; elle peut prendre une autre  ampleur au Moyen Orient … même l’Est de l’Europe n’est pas à l’abri : faudra-t-il un jour se battre pour Vilnius ?
l’accroissement des inégalités et l’appauvrissement des classes moyennes conduisent les peuples à la colère ; détourner leur attention vers le terrorisme ou les migrations n’aura qu’un temps et ne réduit pas – au contraire – le risque de surgissement de dérives autoritaires
le dérèglement climatique conduit le monde au bord du gouffre

extraordinaire

il faut entendre le mot au sens propre : tous les défis auxquels nous sommes confrontés – rééquilibrage de la mondialisation, prise en compte de la finitude des ressources, du nécessaire respect de la nature et de chaque personne, stabilisation en Asie et développement de l’Afrique, révolutions technologiques, rien de tout cela n’est ordinaire ; nous sommes dans une période au moins aussi extravagante que la Renaissance

étonnant

qui croyait, il y a peu, à l’universelle diffusion de l’informatique ou de la téléphonie sans fil ? quel dirigeant imaginait mener une guerre à distance, ne tuant – presque – que des ennemis sélectionnés ?  qui rêvait il y a encore trois ans d’une voiture sans chauffeur ?

fantastique

le champ des possibles est infini : le monde de demain peut être respectueux de la nature, revenir sur les errements du libéralisme débridé, poursuivre le reflux de la guerre, déconnecter travail et revenu, libérer des millions de personnes de l’avilissement de l’esclavage

vous plaignez vos enfants et craignez pour leur avenir ? pas moi … il sera ce qu’ils en feront et rien ne dit qu’il sera sinistre

Daniel Gendrin

… alors, du papier de Védrine, on en fait quoi ? …

dans … Brexit or not Brexit … j’ai commenté le résultat du référendum britannique ; j’y mentionnais l’article d’Hubert Védrine dans Le Monde : Il faut un compromis historique entre les élites et les peuples pour relancer le projet

vous avez été quelques-uns à souligner son intérêt

Védrine dit l’évidente dégradation de l’image de l’Union Européenne dans l’esprit de la majorité de sa population et constate le risque de son délitement

les explications qu’il en donne sont assez consensuelles ; je n’insiste pas

condamner l’irresponsabilité des peuples est illusoire et les payer de mots improductif

renonçant à convaincre les irréductibles, Védrine propose – pour renouer le contact avec les sceptiques – de remettre à plat le projet Européen en 4 étapes – je ne reviens pas sur le détail des propositions ; chacun se reportera au texte avec profit :

  1. une adresse aux peuples proclamerait une pause dans la construction européenne
  2. la France et l’Allemagne – on pourrait préférer les 6 fondateurs (ndlr) – inviteraient les Etats volontaires à une conférence destinée à dresser un bilan critique de l’Union et à en redéfinir les fondamentaux
  3. en serait issu un texte politique de conclusions
  4. un référendum le même jour dans chaque Etat participant validerait ce texte et confirmerait – ou non – l’engagement sur cette nouvelle base des peuples ainsi consultés

mon sentiment :

la démarche ne peut se confondre avec celle qui a abouti au référendum de 2005 : il s’agirait de soumettre à l’approbation des européens un texte simple portant seulement une volonté politique

après le référendum britannique et compte tenu du risque que les extrêmes font courir à nos démocraties, les premières réactions de nos dirigeants ne paraissent pas à la hauteur

enfin, il me paraît difficile de ne pas, à un moment ou à un autre, re-valider le projet européen en interrogeant les peuples eux-mêmes

j’aimerais que vous commentiez cette proposition

nous pourrions ensuite tenter de monter une campagne d’opinion sur cette base en s’appuyant sur les outils spécialisés des réseaux sociaux

Daniel Gendrin

 

… orphelins …

… Rocard, c’est un peu le grand frère qui s’en va …

on l’a suivi jusque dans ses errements – je me souviens de cours de marxisme dispensés par le  PSU – on l’a aimé jusque dans ses outrances

Lucky Luke de la parole, il pensait plus vite que son ombre ; il était, paraît-il, la terreur des interprètes ; il faut reconnaître qu’il était parfois difficile à suivre tant sa parole était elliptique

Rocard, c’était l’utopie ancrée dans le réel

le grand combat de sa vie, celui qui l’a opposé à Mitterrand, qu’il a perdu sa vie durant et qui va finalement se trancher au Parti Socialiste avec la primaire de décembre 2016 – j’y reviendrai – c’est la dénonciation des archaïsmes et la prise en compte – pour le maîtriser – du monde économique tel qu’il est

il a été heureux lorsqu’enfin il a pu être acteur ; son traitement à chaud de la crise Néo Calédonienne – on sortait de l’affaire de la grotte d’Ouvea où Chirac n’avait pas brillé – restera dans l’Histoire

producteur d’idées, il avait planché, entre autres, sur la question de la durée du travail ; en 1996, Gilles de Robien avait amorcé une politique visant – par des mesures fiscales –  à favoriser les entreprises choisissant de réduire le temps de travail

Rocard avait alors théorisé le mécanisme et cherché à convaincre Chirac de poursuivre le mouvement – cf. Les moyens d’en sortir , 1996, au Seuil

j’espérais qu’en 1997 Lionel Jospin et Martine Aubry suivraient cette piste et prolongeraient la politique précédente ; ils ont fait un autre choix ; économiquement – et politiquement – ç’aurait été plus efficace … mais en France, à chaque alternance – et il y a alternance à chaque élection – on casse ce que le précédent gouvernement a fait … on peut faire plus productif …

iconoclaste, exaspérant, brillant, éclectique, Michel Rocard est mort comme il a vécu, le stylo à la main

… il nous manquera ….

Daniel Gendrin

… un grand patron dit son rêve …

une chose que je ne fais jamais : mettre sur le blog un texte – oral – qui n’est ni de moi ni d’un ami ou d’un lecteur … toute règle est faite pour être transgressée …

vous trouverez ici le lien vers le discours qu’a prononcé Emmanuel Faber, directeur général  de Danone, à HEC lors de la cérémonie de remise des diplômes

non seulement ce discours m’a ému, mais il correspond pile poil à mes élucubrations

… comme je n’ai ni son talent ni son aura …

Daniel Gendrin

… Brexit or not Brexit …

on ne sait pas encore s’ils réussiront finalement à sortir … ils n’ont pas l’air d’être pressés et puis il semble y avoir une certaine … impréparation …

de ce vote nous pouvons tirer 3 premiers enseignements :

d’abord que le peuple peut faire une sottise ; l’élection de Marine Le Pen n’est donc pas impossible … quoique … la défaite de Podemos juste après le vote britannique montre que l’expérience – négative – peut payer …

ensuite, qu’il est possible de sortir de l’Union et même de la démanteler : il suffira que les peuples le veuillent

enfin, qu’il est temps de se rappeler qu’en démocratie ce sont les citoyens qui ont – qui doivent avoir – le dernier mot

l’Europe a manqué le rendez-vous avec l’Histoire entre 2005 et 2009 avec les refus Hollandais et Français puis les référendums Irlandais et le passage au forceps du traité de Lisbonne

bien sûr, celui-ci, remplaçant le mauvais compromis de Nice, permet le fonctionnement de l’Union

bien sûr, aussi, cette décennie a vu nos économies plonger dans la pire crise depuis 1929

mais la coïncidence des faits a fait confondre la cause et l’effet : l’Europe est, toujours, accusée des maux dont nous sommes frappés

il n’empêche, on ne peut pas, en démocratie, aller contre la volonté des peuples sans le payer un jour et c’est ce qui se passe aujourd’hui …

sous le titre « Il faut un compromis historique entre les élites et les peuples pour relancer le projet », Hubert Védrine ouvre une piste ; comme souvent avec lui, elle mérite réflexion

je soumets l’article à votre sagacité ; il me paraît en effet utile que l’on se mette autour de la table pour redéfinir le projet et il est peu probable qu’on puisse rétablir la confiance entre les citoyens et ceux à qui ils confient la direction de leurs affaires sans donner la parole aux premiers …

Daniel Gendrin

… c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez …

 cet aphorisme que Matthieu prête à Jésus me paraît très actuel : il est plus que temps de faire le bilan de la civilisation choisie dans les années 70

d’abord parce que nous aurons – espérons-le – l’occasion en 2017 de prendre des voies nouvelles

ensuite parce que les manifestations – partout où elles sont libres de s’exprimer – de défiance des populations vis à vis des élites montrent qu’il est nécessaire et désormais possible de repenser le monde

la défiance est partout : dans le repli sur soi des européens, le vote Britannique, la montée des extrêmes, les succès de Trump et Sanders … même l’OCDE, le FMI et d’autres institutions constatent les impasses actuelles

au fond, de quoi parle-t on ?

dans les années 70, on – Deng Xiaoping, les Chicago boys, Reagan, Thatcher et beaucoup d’autres – a dit au gens « enrichissez-vous » et, supprimant les règles qui en fixaient les limites, placé la richesse matérielle et l’individu au centre du jeu, réhabilitant la loi de la jungle

c’est une réalité : les libéraux ont gagné la bataille idéologique

40 ans après, quels sont les fruits de cette révolution ?

à l’actif
le développement des pays émergents et la réduction rapide et massive de la très grande pauvreté
la mise à disposition universelle de la connaissance et tout ce qu’on peut en espérer
le développement d’une multitude d’entreprises innovantes
l’espérance de la libération du travail contraint
 

au passif

l’accroissement rapide – et sans limite prévisible – des inégalités
l’apparition d’une classe d’exclus dans les pays riches
la destruction accélérée de la planète

 

dans un monde à croissance faible, ceux qui s’enrichissent le font – que ce soit conscient ou non  –  au détriment des autres ; dès lors, les inégalités sont porteuses d’un danger politique majeur : révolte des peuples ou accaparement du pouvoir par les possédants – voire les deux – la démocratie n’est pas à l’abri

les débats qui s’ouvrent en France et en Europe sont l’occasion de repenser notre monde ; plutôt que de se retourner vers le passé – voire vers les démons rouge-brun – nous devons pouvoir ouvrir un chemin vers un avenir de liberté dans lequel l’intérêt général sera replacé au coeur du système …

aucun des 3 concepts de notre devise « liberté, égalité, fraternité » ne peut être négligé …

Daniel Gendrin