… toujours plus, et pourtant …

Toujours plus ! est le titre d’un livre publié par François de Closets en 1982 dans lequel, selon Wikipedia, « il dénonce les injustices et le système des privilèges en France, ainsi que le corporatisme ; sa thèse est que … les corporations qui ont la plus forte capacité de nuisance … s’assurent l’essentiel des avantages »

ce n’est pas le lieu de faire le panégyrique ou la critique d’un bouquin qui date – à tous points de vue – ; je voudrais, utilisant son titre, souligner un étonnant paradoxe français Lire la suite « … toujours plus, et pourtant … »

… féminiser le monde …

Dieu sait que je ne suis pas féministe ! … l’aphorisme « on ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir m’a toujours paru étrange mais, sans entrer dans la « querelle du genre », il est vrai que chacun a en lui des caractères de l’un et l’autre sexe

il reste que, me semble-t-il, on est – on naît – homme ou femme et que cela n’est pas indifférent ; c’est d’ailleurs la différence qui m’intéresse : tout le monde sait maintenant l’utilité de la biodiversité et qu’une forêt plantée d’une seule essence est une forêt fragile Lire la suite « … féminiser le monde … »

… le goût de la France …

dans le cadre de notre projet d’habitants à citoyens, nous – animateurs du Centre Social de ce quartier – avons décidé d’inciter les habitants du Centre Ville de Saint Priest à prendre la parole, eux qui ne sont pas de ceux que l’on entend d’habitude

nous le faisons par les dialogues sous l’Olivier ; notre galop d’essai, – commun avec les autres Centres de la Ville – a eu pour thème la laïcité … il sera bientôt suivi de discrimination – qui sera conçu et animé par les ados du Centre

assez de fuir les sujets qui fâchent … le 31 mai, nous dialoguerons le goût de la France : le débat sur l’identité française pollue le débat politique depuis plus de 10 ans et il est temps pour nous d’en débattre avec nos amis des quartiers

pour que ce soit plus facile, nous nous faisons aider par la Compagnie TENFOR : le sujet est sérieux, il doit être traité avec humour …

Dieu sait que la France a changé !

j’ai connu – privilège de l’âge – celle des années 50

bourgeoise ou prolétaire, paysanne ou industrielle, elle était majoritairement blanche et catholique ; sortant de la guerre, elle régnait sur de vastes territoires Africains et Asiatiques ; Pétain avait été enfoui dans la mémoire collective, l’ennemi était Russe et l’Europe dans les limbes

peu de téléphone et très peu de voitures ; à la campagne – où vivaient bien plus de la moitié des Français – l’eau était au puits et les toilettes sur le fumier ; pour mes copains, le travail commençait à 14 ans : la ferme avait besoin de bras ; les locomotives étaient à vapeur, les voitures toujours en panne, le temps long, le lycée réservé à une élite, …

tout le monde était au travail et les immigrés, célibataires et invisibles, vivaient dans les bidonvilles, à Nanterre comme à Vaulx-en-Velin …

alors, oui, tout a changé : plus nombreuse, plus citadine, multicolore, multi-religieuse ou plutôt – massivement – a-religieuse, la France est  aussi beaucoup plus riche …

si les jeunes, plongés dans leur smartphone, n’imaginent même pas ce monde d’autrefois, rien d’étonnant à ce que la génération née après la guerre s’y sente perdue, quand elle n’en a pas peur :  « on n’est plus chez nous … »

alors, si la France a changé, comment y vit-on ? y est-on bien ? quel est son goût ?

c’est la question posée ce mercredi 31 mai

peut-être découvrirons-nous qu’aimer la pizza et le couscous ne gâte pas la choucroute ou le cassoulet, que Johnny Halliday ou Thomas Fersen ne font pas d’ombre à Bizet ou à Offenbach, que la devise aimée : liberté, égalité, fraternité, a gardé sa fraîcheur et que la solidarité respire encore …

… peut-être saurons-nous dire le goût de la France … et peut-être a-t-elle gardé un goût …

Daniel Gendrin

… banquier …

… ni facho ni banquier ! voilà ce qu’on entend crier dans les rues …

… un article récent du Monde relatait la protestation des organisations bancaires – tant patronales que syndicales – pour dénoncer le bank-bashing

… enfin, une discussion récente et animée – qui s’est déroulée chez des amis – a opposé des opinions radicalement différentes à propos de l’utilité sociale des banquiers et de leur influence sur la dette de la France …

… ces occurrences m’ont poussé à écrire les quelques réflexions qui suivent … _____________________________________________________________________________ … il faut raison garder …

sans mon banquier

sans mon banquier, je recevrais ma retraite dans une enveloppe, en liquide, à un guichet à la porte duquel quelque mauvais garçon pourrait m’attendre pour m’en soulager

sans mon banquier, lorsque je voudrais acheter une paire de chaussures – ou une voiture – j’aurais à me déplacer avec une grosse enveloppe pleine d’argent …

sans mon banquier, si je n’ai pas de quoi acheter une voiture, je vais devoir rouler à vélo

mon banquier m’est indispensable et si ses services ne sont pas gratuits, c’est qu’ils ont un coût

oui, mais … les banquiers d’affaires !

imaginez : votre père est cafetier à Lille ; vous êtes ingénieur à Marseille ; il prend sa retraite et doit payer sa maison de retraite ; vous n’avez pas le temps de vous en occuper ; vous le laissez se débrouiller tout seul ou vous chargez un intermédiaire compétent de trouver la meilleure solution ?

il se trouve que j’ai eu un parent qui, à la BNP, était l’expert dans le métier des tissus ; il connaissait tout et tous, qui veut vendre et qui peut acheter, la valeur des entreprises ; il mettait en relation celui-ci avec celui-là, servait d’intermédiaire … il n’avait pas le sentiment d’être un parasite

quant aux banques Rothschild ou Lazard, si les grandes entreprises acceptent de payer – cher – leurs services, c’est que, sans doute, elle y trouvent leur compte …

si les banques d’affaires n’existaient pas, il faudrait les inventer

oui, mais … en 2008, le contribuable a payé le sauvetage des banques …

faux, ou presque : la seule banque qui a coûté de l’argent est la banque publique Franco-Belge Dexia ; les banques françaises qui ont bénéficié de prêts ont remboursé capital et intérêts ; elles n’ont donc rien coûté au contribuable, au contraire

ce que la France paye – pour longtemps encore – c’est le coût – énorme – de la récession consécutive à une crise bancaire pour l’essentiel de responsabilité américaine

oui, mais … les taux d’intérêts sont à l’origine de la dette des Etats

le déficit public est financé par l’emprunt ; on emprunte donc chaque année un montant moyen de l’ordre de 3% du PIB ; au bout de 35 ans, on a emprunté 105% du PIB ; c’est approximativement le montant de la dette actuelle ; le fait que le PIB ait été croissant au cours de la période ne change rien au calcul

« oui, mais dans le déficit, il y a les intérêts versés aux banques »

c’est vrai ; faisons donc le calcul :

la dette moyenne de la période (35 ans) est de l’ordre de 50 % du PIB (on passe de zéro au départ à 100 % à la fin de la période) ; elle est donc de 1 000 milliards d’€

si le Trésor emprunte à un taux moyen de 1,5 %, l’intérêt annuel est de 1 000*1,5/100 égale 15 milliards d’€ soit – sur 35 ans – 525 milliards, c’est à dire à peine plus d’1/4 de la dette actuelle

les 3/4 de la dette sont imputables au déficit primaire c’est à dire à la gestion … approximative ou laxiste, si vous préférez … des deniers publics et seulement 1/4 aux intérêts versés aux banques

et puis, comment justifier qu’un emprunteur – même public – ne paye pas d’intérêts au prêteur ?

oui, mais ces services pourraient être rendus par une grande banque publique

c’est tout à fait vrai ; mais ça ne change rien : le coût d’un service dépend plus de la qualité de la gestion de l’entreprise que de sa nature … les exemples de Dexia ou – plus loin dans le temps – du Crédit Lyonnais montrent que les banques publiques peuvent coûter très cher

en 1981, le système bancaire français a été nationalisé ; cela n’a rien changé à la situation des Français ou à la richesse de l’Etat

conclusion

il est vrai qu’il faut revoir beaucoup de choses dans le système bancaire mondial – sécurité et coût, rémunération des acteurs, opacité, paradis fiscaux et shadow banking, … – ; l’OCDE et le G20 y travaillent – avec des résultats, réels quoique lents et peu connus – depuis 2008

mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain : les banques – qu’elles soient privées, coopératives ou publiques – sont des entreprises indispensables aux citoyens ; il est normal de payer leurs services

pour une fois que notre Président vient de l’entreprise, ne tirez pas sur le banquier !

Daniel Gendrin

… lettre à nos petits-enfants de JM Keynes … 

 

je n’ai pas lu Keynes ; c’est une tare, à l’heure où Jean-Luc Mélenchon, Thomas Piketty et même Joseph Stiglitz en font le parangon de ce qu’il faut faire en matière de relance, au prix de la dette

moi – qui n’ai pas lu Keynes et qui ne suis pas économiste – je pense que c’est une sottise et que, sans doute, on lui fait dire des choses qu’il n’aurait jamais dites

cela dit, j’ai – enfin – acheté un bouquin de l’auteur-culte et comme je suis un peu flemmard, je l’ai acheté le plus petit possible : 55 pages dont 28 de préface … 1 heure de lecture …

pas de chance, ça ne parle pas de cette politique que l’on prétend Keynésienne ! … je devrai récidiver sur des choses plus épaisses …

mais c’est un petit bijou : cette lettre à nos petits-enfants peut servir de livre de chevet à tous ceux qui ne sont pas à genoux devant le monde tel qu’il va …

Keynes pense – et dit – que le monde aura résolu son problème économique – la « lutte pour la subsistance » – sous 100 ans – il écrit en 1930 – : les « besoins absolus » de l’homme seront satisfaits et le travail servira avant tout à assurer à l’homme la satisfaction de travailler

quelques mots de sa conclusion :

« quatre facteurs détermineront le rythme de notre avancée jusqu’au bonheur économique … : notre aptitude à réguler la croissance démographique ; notre détermination à éviter les guerres et les conflits intérieurs, notre volonté de confier à la science la direction de ce qui relève de la science et le taux d’accumulation (la marge séparant notre production de notre consommation) – ce dernier facteur se règlera de lui-même si les trois premiers sont assurés »

Keynes prévoit donc qu’en 2030, l’homme sera débarrassé du souci du quotidien

dans les pays Européens – et même pour la plupart de ceux qu’on appelle les exclus – c’est déjà vrai : logement, nourriture, vêtement, santé, éducation … les besoins essentiels sont satisfaits – je mesure combien, ce disant, je peux scandaliser … c’est pourtant la vérité

par ailleurs, les 4 facteurs qu’il relève sont avérés, y compris le dernier puisque la croissance, hors pays émergents, se stabilise à un niveau faible

3 points peuvent se discuter ou restent en question :

  • il n’a pas imaginé l’explosion des besoins dans la société de consommation
  • il prévoit qu’en 2030 on travaillera 15 heures par semaine
  • enfin l’affirmation selon laquelle  « avec un peu plus d’expérience, … , nous utiliserons l’abondance nouvelle tout autrement que le font les riches aujourd’hui, et notre projet de vie sera très différent du leur » … peut sembler surréaliste

où en serons-nous en 2030 ?

  • la « sobriété heureuse » de Pierre Rhabi réduira-t-elle la boulimie de consommation ? si l’on en croit les projets de la grande distribution, on va dans ce sens …
  • la poursuite de la mécanisation se traduira, de fait, par une réduction du temps de travail ; se fera-t-elle à travers l’exclusion – éventuellement rémunérée – de plus en plus de personnes ou par une autre répartition du travail ? c’est en tous cas l’un des thèmes de la présidentielle …
  • le dernier point est plus problématique : sommes-nous guérissables du désir de toujours plus ? en voyant vivre les jeunes générations, ce n’est pas impossible …

ce petit livre, incroyablement moderne, mérite d’être lu : Keynes est peut-être bien un prophète

Daniel Gendrin